ÉDITORIAL DE SINOÏS FRANCIUS

ÉLECTIONS EN HAÏTI

LE CALENDRIER DE 2026 À L’ÉPREUVE DES CHIFFRES, 2028 EN LIGNE DE MIRE !

Le rythme d’inscription des électeurs, le nombre de dossiers déposés et les contraintes logistiques soulèvent de sérieuses interrogations sur la faisabilité du calendrier électoral.
Haïti est-elle réellement en route vers des élections crédibles en décembre 2026, ou le pays assiste-t-il à une course électorale dont les conditions de réalisation restent incertaines ? À mesure que les chiffres s’accumulent, les interrogations se multiplient. Le Conseil électoral provisoire (CEP) et le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé doivent désormais répondre à une question essentielle : le calendrier électoral annoncé est-il compatible avec la réalité du terrain ?
DES CHIFFRES QUI INTERPELLENT !
Selon les données communiquées pour le processus électoral, 16 candidats sont inscrits pour la présidence, 319 pour le Sénat et 1 221 pour la Chambre des députés. Cela représente 1 556 candidatures.
À ces chiffres s’ajoutent 1 253 candidatures pour les mairies, 1 598 pour les CASEC et 984 pour les ASEC, soit un total de 3 835 candidatures pour ces trois catégories de collectivités territoriales.
Ces chiffres témoignent d’une activité politique autour du processus électoral. Pourtant, le nombre de candidats ne suffit pas à garantir la tenue d’élections crédibles. Encore faut-il disposer d’un électorat correctement enregistré, de moyens logistiques adéquats et de conditions de sécurité permettant aux citoyens de voter librement.
628 755 ÉLECTEURS ENREGISTRÉS : LE TEMPS JOUE CONTRE LE CEP !
L’opération d’inscription des électeurs a débuté le 20 juillet 2026. Selon les données disponibles, au 21 septembre, le CEP avait enregistré 628 755 électeurs.
Si l’objectif est d’atteindre six millions d’électeurs et que le rythme observé durant ces deux premiers mois reste inchangé, les calculs donnent un résultat préoccupant : il faudrait environ 19 mois pour atteindre ce seuil.
Autrement dit, en partant du mois d’octobre 2026, l’enregistrement pourrait se prolonger jusqu’en février 2028.
Il s’agit toutefois d’une projection mathématique, et non d’une date officielle. Le rythme d’inscription peut évoluer en fonction des moyens déployés, du nombre de centres opérationnels et de la capacité du CEP à accélérer ses opérations.
Mais une question demeure : comment concilier un tel rythme avec un calendrier qui prévoit des élections dès décembre 2026 ?
LES CANDIDATS TRAVAILLENT-ILS À LA PLACE DU CEP ?
Sur le terrain, les partis politiques et les candidats multiplient les démarches pour encourager les citoyens à s’inscrire dans les bureaux électoraux. Certains candidats effectuent leurs démarches en ligne, tandis que d’autres mobilisent leurs partisans autour du processus d’enregistrement.
Cette mobilisation soulève une interrogation légitime : pourquoi les acteurs politiques semblent-ils devoir contribuer aussi activement à une opération qui relève d’abord de la responsabilité institutionnelle du CEP ?
La participation des partis et des candidats à la sensibilisation électorale est normale dans une démocratie. Cependant, elle ne saurait remplacer les obligations de l’institution électorale, notamment en matière d’accessibilité, de transparence, d’organisation et d’information du public.
MAXO JOSEPH ET JOCELERME PRIVERT : DEUX CANDIDATS CITÉS
Parmi les candidats à la présidence mentionnés dans les informations disponibles figurent Maxo Joseph et l’ancien président provisoire Jocelerme Privert, tous deux présentés comme ayant déposé leurs pièces.
Le dépôt d’un dossier constitue néanmoins une étape administrative. Il ne signifie pas automatiquement que la candidature a été définitivement validée par les autorités électorales.
LE GOUVERNEMENT ET LE CEP CONNAISSAIENT L’IMPORTANCE DE L’INSCRIPTION DES ÉLECTEURS : POURQUOI UN CALENDRIER AUSSI SERRÉ ?
Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé et le Conseil électoral provisoire savaient pertinemment que l’inscription des électeurs constitue l’une des étapes les plus importantes du processus électoral. Sans électeurs enregistrés en nombre suffisant, comment prétendre organiser des élections crédibles, inclusives et transparentes ?
Pourtant, alors que l’opération d’inscription avait débuté le 20 juillet 2026 et que seulement 628 755 électeurs étaient enregistrés au 21 septembre, les autorités ont maintenu un calendrier prévoyant un premier tour le 13 décembre 2026 et un deuxième tour le 21 février 2027.
Cette décision soulève une question fondamentale : pourquoi annoncer des échéances aussi rapprochées alors que le rythme des inscriptions suscitait déjà de sérieuses inquiétudes ?
Le gouvernement et les responsables du CEP ne pouvaient-ils pas anticiper les difficultés liées à l’enregistrement de millions d’électeurs ? N’avaient-ils pas l’obligation d’évaluer les capacités réelles des centres d’inscription avant de fixer les dates du scrutin ?
Aujourd’hui, les chiffres alimentent les doutes. Si le rythme d’inscription observé se maintenait, l’objectif de six millions d’électeurs pourrait ne pas être atteint avant février 2028. Cette projection n’est pas une certitude, puisque les opérations peuvent être accélérées, mais elle met en évidence l’écart potentiel entre les ambitions affichées et les moyens déployés.
Dès lors, une autre interrogation s’impose : le gouvernement et les dirigeants du CEP mesurent-ils pleinement les conséquences de ce décalage, ou la population est-elle laissée dans l’incertitude sur la faisabilité du calendrier électoral ?
Pour de nombreux observateurs, cette situation mérite des explications claires. Le maintien d’échéances difficiles à concilier avec les données disponibles peut nourrir le soupçon d’un manque de transparence. Il appartient donc aux autorités de présenter des chiffres actualisés, un plan opérationnel détaillé et des garanties concrètes sur leur capacité à organiser les élections annoncées.
Le peuple haïtien ne peut pas être condamné à vivre au rythme des annonces sans savoir si elles sont réalisables. La transparence électorale exige davantage que la publication de dates : elle impose des résultats mesurables, des institutions responsables et une communication honnête sur les difficultés rencontrées.
MAI 2028 : UNE HYPOTHÈSE, PAS UNE CERTITUDE !
Si le rythme d’inscription ne change pas, si l’objectif de six millions d’électeurs doit être atteint avant le scrutin et si trois mois de campagne sont ensuite nécessaires, mai 2028 apparaît comme une hypothèse de calendrier à examiner.
Cela ne signifie pas que les élections auront nécessairement lieu à cette date. Le CEP pourrait accélérer l’enregistrement, réviser ses objectifs ou modifier le calendrier. Les exigences de sécurité, le financement et les dispositions du décret électoral auront également leur importance.
Néanmoins, les autorités ne peuvent ignorer les contraintes soulevées par les chiffres. Elles doivent expliquer publiquement comment elles comptent concilier les opérations d’inscription, la validation des candidatures, la campagne électorale et l’organisation du scrutin.
LE PEUPLE HAÏTIEN A DROIT À LA VÉRITÉ !
Le gouvernement et le CEP doivent éviter de nourrir des attentes irréalistes. Annoncer une date électorale ne suffit pas : il faut démontrer que les conditions nécessaires à sa réalisation sont réunies.
Si les institutions disposent d’un plan crédible pour accélérer les inscriptions et respecter les échéances, elles doivent le présenter à la population. Si des obstacles majeurs rendent le calendrier difficilement réalisable, elles doivent également les exposer avec transparence.
L’éditorial de Sinoïs Francius : au regard du rythme d’inscription observé, des explications précises sont indispensables. Le pays ne peut pas se contenter de promesses électorales sans mécanismes vérifiables pour les concrétiser.
C’est pourquoi nous dénonçons ce que nous considérons comme un risque de malice cachée : entretenir l’espoir d’élections imminentes sans expliquer clairement les contraintes du processus. Il ne s’agit pas d’affirmer, sans preuve, que le gouvernement et le CEP trompent délibérément la population, mais d’exiger qu’ils rendent des comptes sur leurs engagements.
La question n’est donc pas seulement de savoir si les élections auront lieu. Elle est aussi de comprendre pourquoi un calendrier a été annoncé alors que l’inscription des électeurs, condition essentielle du processus, demeurait un défi majeur.
Haïti a besoin d’élections crédibles, transparentes et réalisables, pas seulement d’un calendrier sur papier.

Par Sinoïs Francius
Production : SINOTEAM MEDIA INFO

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