Haïti–Éducation Le CNEEH célèbre ses 40 ans et dénonce la gestion du ministre de l’Éducation

Port-au-Prince, 9 avril 2026. La Confédération Nationale des Éducateurs et Éducatrices Haïtiens (CNEEH) a célébré, cette semaine, ses quarante années d’existence en tant que structure syndicale engagée dans la lutte pour une éducation de qualité en Haïti. Toutefois, cette commémoration a également été marquée par de vives critiques à l’encontre de la gestion du ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet Demero.

Lors de cette prise de parole, les responsables de la CNEEH ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « dérive politique » au sein du ministère. Selon eux, depuis son arrivée à la tête de l’institution, le ministre privilégierait ses proches et alliés politiques dans les nominations administratives, au détriment de la compétence et de la transparence. Ils l’accusent notamment de vouloir remplacer les directeurs d’écoles publiques et les directeurs départementaux par des individus affiliés à son courant politique.

Les syndicalistes reprochent également au ministre son refus d’engager un dialogue constructif avec les organisations syndicales, malgré les multiples revendications exprimées par le personnel éducatif. « Le ministre rencontre uniquement les membres de son camp politique, tout en ignorant les représentants légitimes des enseignants », ont-ils déploré.

Par ailleurs, la CNEEH a mis en lumière plusieurs dysfonctionnements majeurs au sein du système éducatif. De nombreux enseignants continueraient à travailler sans lettre de nomination et sans rémunération depuis plusieurs années, tandis que d’autres, absents des salles de classe, percevraient régulièrement leur salaire grâce à des appuis politiques. Une situation que les syndicalistes qualifient de scandaleuse.

Le conseiller de la CNEEH, le professeur Lavaud Frédérick, a également évoqué l’existence d’environ 4 000 chèques non réclamés au sein du ministère, y voyant la preuve d’un niveau élevé de corruption. Il a par ailleurs comparé la gestion actuelle à celle de l’ancien ministre Antoine Augustin, dénonçant la répétition des mêmes pratiques qu’il juge néfastes.

Autre point de préoccupation : les conditions salariales des enseignants. Selon les représentants syndicaux, les salaires perçus sont insuffisants et ne permettent pas aux professionnels de l’éducation de subvenir aux besoins de leurs familles.

Face à cette situation, la CNEEH appelle les enseignants des écoles publiques à rester mobilisés et à se tenir prêts à intensifier la lutte pour faire aboutir leurs revendications, si aucune amélioration n’est constatée dans la gestion du ministère.

De son côté, le coordonnateur de l’Union Nationale des Normaliens d’Haïti (UNNOEH), Kenson Délice, a lui aussi critiqué l’attitude du ministre Vijonet Demero. Il dénonce un manque de volonté de dialoguer avec les syndicats et appelle les autorités compétentes à prendre des mesures concrètes pour améliorer les conditions de travail des enseignants.

Parmi les revendications prioritaires figurent l’ajustement des salaires, l’octroi d’avantages sociaux, la régularisation administrative des enseignants non nommés, ainsi que le paiement des enseignants déjà nommés mais n’ayant jamais perçu leur rémunération.

Dans un contexte marqué par des tensions croissantes dans le secteur éducatif, ces prises de position traduisent un profond malaise et soulignent l’urgence de réformes structurelles pour garantir un système éducatif plus juste et plus efficace en Haïti.

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