Quelle dette Haïti devra-t-elle encore payer pour se libérer de dirigeants aussi incompétents que corrompus ?

Depuis l’adoption de la Constitution de 1987, Haïti a connu près de vingt-quatre (24) Premiers ministres. Huit (08) d’entre eux ont exercé leurs fonctions dans un cadre constitutionnel normal, tandis que les autres ont été désignés dans des contextes politiques exceptionnels. Le gouvernement du feu Président Jovenel Moïse détient le record avec six (06) Premiers ministres, dont quatre (04) de facto.
Aujourd’hui, le Premier ministre désigné par les neuf membres du Conseil présidentiel de transition est l’objet de nombreuses critiques. Aux yeux de nombreux citoyens, son action se caractérise par l’absence de vision, le manque de résultats et une gouvernance incapable de répondre aux défis auxquels le pays est confronté.
Au-delà des personnes, une question fondamentale se pose : pourquoi, depuis plusieurs décennies, Haïti peine-t-elle à se doter d’une gouvernance efficace ? L’État semble incapable d’assurer ses missions essentielles, tandis que la corruption, l’affaiblissement des institutions et l’absence de continuité des politiques publiques contribuent à l’aggravation de la crise.
Après le départ de Jean-Claude Duvalier, le peuple haïtien nourrissait l’espoir d’une véritable transition démocratique et d’une amélioration durable de ses conditions de vie. Ces attentes ont cependant laissé place à une profonde désillusion. Les gouvernements qui se sont succédé ont souvent privilégié les slogans politiques au détriment d’une vision cohérente du développement national.
L’élection de Jean-Bertrand Aristide en 1990 avait suscité un immense espoir populaire. Son renversement par le coup d’État, puis son retour au pouvoir grâce à l’appui de la communauté internationale, ont marqué l’histoire politique du pays. Toutefois, pour de nombreux observateurs, son retour n’a pas permis les réformes structurelles attendues.
Depuis cette période, les difficultés de l’État n’ont cessé de s’aggraver. Les institutions se sont progressivement affaiblies, la justice peine à remplir sa mission, l’agriculture et la production nationale se sont dégradées, tandis que l’insécurité et la crise économique ont fortement réduit l’attractivité du pays.
Plus de vingt ans après le départ d’Aristide, la situation politique et sociale demeure extrêmement préoccupante. Plusieurs dirigeants issus du même courant politique ont exercé les plus hautes responsabilités de l’État sans que la population la plus défavorisée ne bénéficie des changements profonds qui avaient été annoncés.
L’exemple de quartiers populaires comme La Saline ou Saint-Jean-Bosco illustre, selon l’auteur, l’absence d’amélioration durable des conditions de vie, alors que certains responsables politiques ont considérablement renforcé leur position économique.
Le pouvoir actuellement en place fait également l’objet de vives critiques. Selon l’auteur, l’affaiblissement des contre-pouvoirs, l’absence d’institutions pleinement fonctionnelles et la concentration de nombreuses responsabilités entre les mains d’un nombre limité de décideurs fragilisent davantage encore la gouvernance du pays.
L’auteur s’interroge également sur le bilan des dirigeants qui se sont succédé à la tête de l’État. Il évoque notamment plusieurs dossiers de corruption ayant donné lieu à des procédures judiciaires, ainsi que l’absence de continuité de certaines réalisations publiques, qu’il considère comme le reflet d’une gestion insuffisamment tournée vers l’intérêt général.
Il exprime enfin son inquiétude face à la perspective d’une nouvelle dégradation de la situation nationale, notamment si les décisions relatives aux ressources stratégiques du pays venaient à être prises sans véritable légitimité démocratique ni contrôle institutionnel.
En conclusion, l’auteur lance un appel à l’ensemble des forces vives de la Nation — responsables politiques, société civile, intellectuels, organisations professionnelles, autorités religieuses, universitaires et citoyens — afin qu’elles assument pleinement leur responsabilité dans la défense de l’intérêt national.
Haïti est un patrimoine commun légué par les héros de l’Indépendance. Les richesses nationales doivent être gérées dans l’intérêt de tous les Haïtiens et dans le respect des principes de transparence, de responsabilité et de souveraineté.
Il appartient désormais à chaque citoyen de demeurer vigilant afin que les générations futures héritent d’un pays préservé, capable de retrouver le chemin de la stabilité, du développement et de la dignité.
Me Flécourt Nelson
Avocat, sociologue et gestionnaire

Laisser un commentaire

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture