Port-au-Prince, le 16 juillet 2026
Le Mouvement Patriotique Populaire pour l’Émergence du Peuple (MOPAPÈP), plateforme regroupant 49 organisations politiques, sociales, estudiantines, féminines et confessionnelles issues des dix départements géographiques d’Haïti, a tenu une conférence de presse ce jeudi afin de présenter son analyse de la situation nationale et de formuler une série de propositions qu’il estime nécessaires pour répondre à la crise multidimensionnelle que traverse le pays.
À cette occasion, le coordonnateur national du MOPAPÈP, Kendjos Thelusma, a dressé un bilan qu’il qualifie de préoccupant de la situation sécuritaire, humanitaire et institutionnelle. S’appuyant sur des données publiées par les Nations Unies, le mouvement affirme qu’environ 5 600 personnes ont perdu la vie en raison des violences armées depuis 2024. Il souligne également que 5,7 millions d’Haïtiens sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, que plus de 300 000 enfants sont privés de scolarité en raison de l’insécurité et que 966 établissements scolaires demeurent fermés. Selon le mouvement, si cette situation perdure, le nombre d’enfants exclus du système éducatif pourrait atteindre un million.
Au regard de ces constats, le MOPAPÈP estime que le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’est plus en mesure d’assurer ses responsabilités régaliennes, notamment en matière de sécurité publique, de gouvernance et de préparation des prochaines échéances électorales.
Le mouvement critique également la stratégie sécuritaire mise en œuvre par les autorités, notamment les accords conclus avec une société de sécurité privée étrangère. Selon le MOPAPÈP, ces engagements soulèvent des interrogations quant à leur conformité avec le cadre légal et à leur efficacité. L’organisation affirme que, malgré ces initiatives, les actes de violence, les enlèvements et l’expansion territoriale des groupes armés se poursuivent, sans amélioration notable de la situation sécuritaire.
Dans cette perspective, le MOPAPÈP réclame le départ du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Il dénonce également plusieurs décisions prises par les autorités, notamment le décret électoral ainsi que le contrat attribué à Erik Prince, qu’il considère contraires aux intérêts de la nation.
Le mouvement invite par ailleurs la CARICOM à reconsidérer son soutien au gouvernement actuel, estimant que celui-ci ne dispose plus de la capacité politique et institutionnelle nécessaire pour conduire le pays vers un retour à la stabilité.
En guise d’alternative, le MOPAPÈP propose l’instauration d’une transition politique conduite par un gouvernement bicéphale, composé d’un Président de la République et d’un Premier ministre, autour d’une feuille de route articulée autour des trois priorités suivantes :
rétablir la sécurité nationale afin de créer les conditions indispensables à l’organisation d’élections crédibles, inclusives et transparentes ;
mettre en place un corridor humanitaire destiné à répondre aux besoins des 5,7 millions de personnes confrontées à une grave insécurité alimentaire ;
organiser des élections générales dans un délai maximal d’un an après l’installation des nouvelles autorités de transition.
Le MOPAPÈP estime en outre que les membres de l’actuel gouvernement ne devraient ni prendre part au processus électoral, ni soutenir des candidats, afin de garantir la neutralité de l’État et de prévenir toute utilisation des ressources publiques à des fins partisanes.
En conclusion, le mouvement lance un appel à l’ensemble des forces politiques, sociales et citoyennes favorables à une transition politique, notamment le Congrès de Ouanaminthe, l’Opposition progressiste, la KONADEP ainsi que les autres organisations engagées dans cette démarche, afin de renforcer la mobilisation autour d’une solution nationale visant, selon lui, à rétablir la sécurité, restaurer les institutions de la République et créer les conditions d’un retour à l’ordre démocratique.






