ÉditorialHaïti ne sera sauvée ni par l’OEA ni par les missions étrangères

Par SinoTeam Media Info

Depuis plus de trois décennies, Haïti est devenue le laboratoire des interventions internationales. Missions d’observation, médiations politiques, résolutions diplomatiques, recommandations électorales, accompagnements institutionnels : l’Organisation des États Américains (OEA) a été présente à presque toutes les grandes étapes des crises haïtiennes. Pourtant, le constat est implacable : le pays est aujourd’hui plus fragile, plus divisé et plus dangereux qu’il ne l’était il y a trente-cinq ans.

Les chiffres et les faits parlent d’eux-mêmes. De la crise née du coup d’État de 1991 à l’effondrement sécuritaire actuel, l’OEA a multiplié les initiatives sans parvenir à instaurer une stabilité durable. Chaque médiation a été suivie d’une nouvelle crise, chaque transition d’une nouvelle impasse, chaque promesse de renforcement institutionnel d’un nouvel affaiblissement de l’État.

Il serait toutefois trop facile de faire porter toute la responsabilité à l’OEA. La vérité est plus dérangeante : aucune organisation étrangère ne peut construire un État à la place des Haïtiens. Aucun diplomate, aucune mission spéciale, aucune feuille de route internationale ne peut remplacer la volonté nationale, le leadership politique et le sens du compromis qui font défaut depuis trop longtemps.

Pendant que les élites politiques se disputent le pouvoir, les gangs étendent leur emprise sur des territoires entiers. Pendant que les acteurs internationaux cherchent encore des formules de dialogue, des milliers de familles sont déplacées, des entreprises ferment leurs portes et des jeunes perdent espoir dans leur propre pays. Le temps des excuses et des justifications est terminé.

L’OEA peut conseiller. Elle peut accompagner. Elle peut soutenir des processus électoraux ou institutionnels. Mais elle ne peut ni restaurer l’autorité de l’État, ni reconstruire la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants, ni remplacer les responsabilités des acteurs haïtiens. Cette tâche appartient exclusivement aux fils et filles d’Haïti.

Le pays se trouve aujourd’hui à un tournant historique. Continuer à attendre des solutions venues de l’extérieur reviendrait à prolonger l’agonie nationale. Les partenaires étrangers peuvent être des alliés, mais ils ne seront jamais les architectes de la renaissance haïtienne.

L’heure est venue pour les dirigeants politiques, les organisations de la société civile, le secteur privé, les églises, les universités et la jeunesse de comprendre que le salut national ne viendra pas de Washington, de l’OEA ou d’une quelconque mission internationale. Il viendra de notre capacité collective à bâtir des institutions solides, à défendre l’intérêt général et à placer la nation au-dessus des ambitions personnelles.

L’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré la dépendance à la responsabilité. Haïti mérite mieux que des crises répétitives et des solutions provisoires. Elle mérite une vision nationale, un véritable sursaut patriotique et des dirigeants capables d’assumer leur devoir envers le peuple.

Car au bout du compte, une vérité demeure : personne ne sauvera Haïti à la place des Haïtiens.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture