Colloque du ministère de la Défense : quelles véritables priorités pour l’armée haïtienne ?Le ministère de la Défense organise un colloque accompagné d’ateliers autour de deux objectifs annoncés : permettre à la population de réfléchir au type d’armée dont Haïti a besoin, et signer un protocole d’accord avec l’Université d’État d’Haïti (UEH) afin de renforcer les connaissances, la recherche et la formation au bénéfice des Forces armées d’Haïti (FAd’H).Sur le principe, cette initiative peut apparaître pertinente. Toutefois, elle soulève également plusieurs interrogations sur les véritables priorités du ministère, sur sa vision institutionnelle et sur la manière dont il entend construire une armée professionnelle et durable.Quelle armée le peuple haïtien veut-il ?La question de savoir quelle armée Haïti doit avoir est fondamentale. Une armée ne se résume pas à des soldats portant un uniforme et disposant d’équipements. Elle repose sur une doctrine, une organisation, une discipline, une chaîne de commandement, des infrastructures, une logistique, une formation permanente et une vision stratégique.Si le colloque veut réellement donner la parole à la population, le débat devrait donc dépasser les simples conférences et ateliers. Il devrait permettre aux militaires, anciens militaires, universitaires, juristes, sociologues, économistes et représentants de la société civile de réfléchir à la mission de l’armée, à son rôle dans la sécurité nationale et à ses rapports avec les autres institutions de l’État.Le protocole entre l’UEH et les FAd’H soulève des questionsLa coopération entre l’UEH et le ministère de la Défense peut certainement contribuer au développement de la recherche, des sciences, des technologies et des compétences spécialisées nécessaires à une armée moderne.Mais une question essentielle demeure : quels problèmes précis ce protocole d’accord entend-il résoudre ?Les Forces armées reposent sur différentes catégories de personnel, notamment les soldats, les sous-officiers et les officiers. Chacune de ces catégories nécessite une formation adaptée à ses responsabilités.La formation d’un soldat ne répond pas aux mêmes exigences que celle d’un officier. De même, les sous-officiers jouent un rôle essentiel dans l’encadrement, la transmission des ordres, la discipline et le fonctionnement quotidien des unités.C’est pourquoi une armée professionnelle doit disposer d’un véritable système de formation militaire : écoles militaires, centres de formation, structures destinées aux sous-officiers et académie permettant de préparer les officiers au commandement, au leadership, à la stratégie et à la planification.L’université peut compléter la formation militaire, mais ne peut pas la remplacerL’UEH peut apporter une contribution considérable à la modernisation des FAd’H dans des domaines tels que le droit, l’ingénierie, la médecine, les sciences sociales, les relations internationales, les technologies, la gestion et la recherche.Mais une université civile ne saurait remplacer une école ou une académie militaire.La construction d’une armée moderne nécessite une complémentarité entre formation universitaire et formation militaire.Le véritable enjeu serait donc de savoir comment le protocole signé avec l’UEH s’inscrit dans une stratégie globale de professionnalisation des FAd’H.Où sont les infrastructures militaires ?C’est ici que les interrogations deviennent plus importantes.Comment parler de renforcement des connaissances et de la recherche alors que le ministère doit encore faire face à d’importants défis institutionnels et infrastructurels ?Une institution militaire qui fonctionne avec plusieurs entités, dont certaines sont contraintes de se déplacer faute de locaux appropriés, peut-elle faire de la recherche universitaire sa priorité immédiate ?La recherche est évidemment importante. Mais avant de vouloir construire une armée moderne fondée sur la connaissance, il faut également disposer des infrastructures nécessaires pour assurer la formation de base, l’encadrement et le perfectionnement des militaires.Il faut des écoles fonctionnelles, des locaux adaptés, des instructeurs qualifiés, des programmes de formation cohérents, des équipements et une véritable organisation administrative.Les véritables priorités du ministèreCes réalités soulèvent une interrogation plus large sur la vision du ministère de la Défense.Le ministre dispose-t-il d’un plan clair et détaillé pour le développement des FAd’H ?Quelle place est accordée à la formation des soldats, des sous-officiers et des officiers ?Quelle doctrine militaire Haïti veut-elle adopter ?Quel est le calendrier pour la mise en place ou la consolidation des écoles et académies militaires ?Quels moyens seront consacrés aux infrastructures, à la formation, à l’équipement et à la recherche ?Et surtout, comment construire une armée moderne lorsque certaines structures fondamentales de l’institution connaissent encore des difficultés en matière de locaux et de fonctionnement ?Le colloque doit déboucher sur des résultats concretsLe danger serait que ce colloque se limite à des discours, des panels, des ateliers et des cérémonies officielles.Si le ministère veut réellement connaître le type d’armée dont le peuple haïtien a besoin, il doit transformer les conclusions du colloque en plan d’action concret.Haïti a besoin d’une armée professionnelle, disciplinée, bien formée, respectueuse de la Constitution et des lois, capable d’assumer clairement les missions qui lui sont confiées par l’État.La coopération avec l’UEH peut contribuer à cet objectif. Mais elle ne doit pas être présentée comme une solution à elle seule.La véritable question n’est donc pas uniquement : « Quelle armée le peuple haïtien veut-il ? »Il faut également poser une question beaucoup plus directe : « Le ministère de la Défense dispose-t-il aujourd’hui de la vision, des infrastructures, de la doctrine, des ressources humaines et des moyens nécessaires pour construire cette armée ? »C’est à la réponse à cette question que l’on pourra mesurer la portée réelle du colloque et du protocole d’accord signé avec l’Université d’État d’Haïti.Sinoïs FranciusSinoteam Media Info

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