ASSASSINAT DE JOVENEL MOÏSE

À MIAMI, LA VÉRITÉ DOIT SORTIR DE L’OMBRE !

Éditorial de Sinoïs Francius
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SINOTEAM MEDIA INFO

L’assassinat de Jovenel Moïse n’est pas un simple dossier criminel. C’est une blessure ouverte dans la conscience nationale, une attaque contre les institutions haïtiennes et une énigme judiciaire qui, plus de cinq ans après les faits, continue de nourrir les soupçons, les controverses et les interrogations. Le 7 juillet 2021, un président a été assassiné dans sa résidence. Depuis, une question obsède Haïti : qui a véritablement rendu ce crime possible, et jusqu’où la justice est-elle prête à remonter pour établir toutes les responsabilités ?
À Miami, la procédure fédérale représente un rendez-vous crucial. Mais le peuple haïtien ne veut pas d’un procès qui se limiterait à quelques exécutants présumés, en laissant dans l’ombre les éventuels commanditaires, financiers et facilitateurs. Il veut comprendre comment un tel crime a pu être préparé, financé et exécuté, et pourquoi les circonstances de cette nuit tragique continuent de susciter autant de controverses.
La justice doit aller au bout de son travail. Sans complaisance. Sans intimidation. Sans protection politique.
Pierre Espérance : les déclarations publiques doivent pouvoir être examinées
Les déclarations attribuées à Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), occupent une place importante dans les controverses entourant ce dossier. Les propos qui lui sont attribués au sujet de sommes d’argent qui auraient été présentes au domicile de Jovenel Moïse, du déroulement de l’attaque et du carnet associé à l’ancien président soulèvent des questions auxquelles les éléments de preuve doivent permettre de répondre.
Si des acteurs de l’affaire contestent certaines de ses déclarations, il appartient aux autorités judiciaires d’examiner les contradictions et de déterminer si une confrontation est nécessaire.
La demande de confrontation attribuée à Joseph Félix Badio ne saurait être traitée comme un détail. Si elle est confirmée par les actes de procédure, il convient de savoir quels faits sont contestés, quelles questions doivent être éclaircies et quelle décision la juridiction compétente a prise.
Personne ne doit être intouchable. Mais personne ne doit non plus être condamné par la rumeur.
Pierre Espérance, comme toute personne susceptible d’apporter des informations utiles à une enquête, doit pouvoir répondre aux questions légitimes dans le cadre prévu par la loi. La crédibilité de ses déclarations doit être appréciée à partir des preuves, et non de son statut de défenseur des droits humains ni des attaques dont il pourrait faire l’objet.
Le carnet de Jovenel Moïse : un détail qui ne peut être balayé d’un revers de main
L’affaire du carnet attribué à Jovenel Moïse mérite également un examen rigoureux. Son origine, son contenu, les conditions dans lesquelles il aurait été conservé et sa pertinence pour l’enquête doivent être clairement établis.
Pourquoi ce document suscite-t-il autant de controverses ? Qui en détient ou en a détenu une copie ? Quelles informations contient-il réellement ? Et que révèlent les actes judiciaires à son sujet ?
Ce ne sont pas des questions auxquelles de simples déclarations publiques peuvent suffire à répondre.
Si ce carnet contient des éléments utiles à la manifestation de la vérité, les autorités compétentes doivent en vérifier l’authenticité et la portée. S’il ne permet pas d’établir certains faits avancés dans le débat public, cela doit également être expliqué.
La justice ne peut pas se contenter de laisser les interrogations s’accumuler. Elle doit établir ce qui est démontré, ce qui ne l’est pas et ce qui nécessite encore des investigations.
Emmanuel Sanon : des affirmations qui exigent des preuves
Les déclarations attribuées à Pierre Espérance concernant l’état de santé de Christian Emmanuel Sanon, poursuivi dans le dossier américain, soulèvent une autre série de questions.
Sur quelle base a-t-il été affirmé que Sanon ne pourrait pas comparaître devant un juge ? Un certificat médical a-t-il été présenté aux autorités compétentes ? Cette information provenait-elle de ses avocats ou d’une autre source ?
La réponse ne doit pas venir des spéculations, mais des documents officiels et des communications des parties concernées.
Dans une affaire de cette gravité, chaque affirmation doit pouvoir être vérifiée. Les déclarations publiques peuvent orienter les interrogations, mais elles ne remplacent ni les actes judiciaires ni les preuves examinées par le tribunal.
Martelly, Lambert et les autres noms cités : attention aux amalgames
Au fil des années, plusieurs personnalités ont été évoquées dans les débats entourant l’assassinat de Jovenel Moïse. Des noms comme ceux de l’ancien président Michel Martelly et de l’ancien sénateur Joseph Lambert reviennent dans les interrogations publiques, aux côtés d’autres acteurs mentionnés dans différentes déclarations.
Mais une exigence fondamentale doit être respectée : être cité n’est pas être accusé, être accusé n’est pas être condamné.
Il faut donc établir, pour chaque personne, si son nom apparaît dans une déclaration, si elle est sollicitée comme témoin, si elle fait l’objet d’une accusation formelle ou si une procédure judiciaire la concerne effectivement.
Le tribunal fédéral de Miami n’est pas une tribune destinée à confirmer les rumeurs qui circulent en Haïti. Il doit se prononcer sur la base des faits relevant de sa compétence, des éléments recevables et des règles de droit applicables.
La gravité du crime ne justifie pas l’abandon de la présomption d’innocence. Au contraire, elle rend indispensable une justice irréprochable.
Miami doit éclairer les responsabilités, pas seulement prononcer des verdicts
Des condamnations ont déjà été prononcées aux États-Unis contre des accusés impliqués dans le complot ayant conduit à l’assassinat de Jovenel Moïse. Ces décisions constituent des étapes importantes, mais elles ne signifient pas automatiquement que toutes les questions relatives à la préparation, au financement et à l’exécution du crime ont été résolues.
Le peuple haïtien veut connaître la chaîne des responsabilités. Qui a planifié ? Qui a financé ? Qui a fourni les moyens ? Qui a facilité l’opération ? Qui savait ce qui se préparait, et quelles preuves permettent de l’établir ?
Ces questions doivent être examinées avec méthode. Il serait dangereux de désigner des coupables avant que les preuves ne parlent. Il serait tout aussi préoccupant que des pistes sérieuses soient abandonnées sans explication.
La justice doit avancer entre ces deux écueils : la condamnation médiatique et l’impunité.
Haïti ne peut pas enterrer la vérité avec ses victimes
L’assassinat de Jovenel Moïse a profondément fragilisé les institutions et aggravé la crise de confiance dans la capacité de l’État à protéger ses dirigeants comme ses citoyens. Laisser ce dossier s’enliser dans les querelles politiques, les accusations croisées et les révélations impossibles à vérifier serait une nouvelle défaite pour le pays.
Il ne s’agit pas de défendre un camp politique contre un autre. Il ne s’agit pas non plus de protéger Pierre Espérance, Félix Badio, Emmanuel Sanon ou quelque autre protagoniste contre des questions légitimes. Il s’agit d’exiger que chaque personne soit traitée selon les preuves qui la concernent et que chaque piste sérieuse soit examinée dans le respect de la loi.
La justice n’a pas à choisir entre les puissants et les faibles, entre les proches d’un camp et les adversaires d’un autre. Elle doit choisir les faits contre le mensonge, les preuves contre les rumeurs et le droit contre l’arbitraire.
La vérité n’a pas de couleur politique
Plus de cinq ans après le 7 juillet 2021, Haïti ne peut pas se satisfaire d’une succession de noms, de déclarations contradictoires et de questions sans réponse. Le procès de Miami doit contribuer à établir les responsabilités relevant de la justice américaine, tandis que les autorités haïtiennes doivent poursuivre leur travail sur les aspects relevant de leur compétence.
Les témoins doivent être entendus lorsqu’ils sont utiles. Les contradictions doivent être examinées. Les documents doivent être authentifiés. Les accusations doivent être étayées. Et les décisions doivent être motivées.
Car l’enjeu dépasse la personne de Jovenel Moïse. Il concerne le droit d’un peuple à connaître les circonstances de l’assassinat de son président et à voir la justice agir sans favoritisme ni règlement de comptes.
L’histoire jugera les acteurs de cette affaire. Mais avant l’histoire, il y a la justice, ses preuves, ses règles et son devoir de vérité.
Le peuple haïtien n’attend pas une nouvelle guerre de déclarations. Il attend des réponses. Il n’attend pas une liste de suspects fabriquée par les passions politiques. Il attend que les responsabilités soient établies et que les coupables, lorsque leur culpabilité est démontrée, répondent de leurs actes devant la loi.
À Miami comme en Haïti, la vérité ne doit être ni négociée, ni étouffée, ni sacrifiée sur l’autel des intérêts politiques. Pour Jovenel Moïse, pour les institutions haïtiennes et pour l’avenir du pays, la justice doit aller jusqu’au bout.

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