L’ARGENT, LES ARMES ET LE PROJET DE POUVOIR AU CŒUR DU PROCÈS DE SANON ET BADIO

Miami, 28 septembre 2026
Cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, la justice américaine replonge au cœur d’une affaire qui continue de soulever de nombreuses interrogations en Haïti et à l’étranger. À Miami, le procès de Christian Emmanuel Sanon fait émerger de nouveaux éléments concernant les ressources financières, les moyens logistiques, les communications et le projet politique présumé qui aurait précédé l’assassinat du chef de l’État.
Alors que Joseph Félix Badio doit lui aussi affronter la justice américaine, les débats mettent progressivement en lumière les relations entre plusieurs protagonistes et les différentes étapes d’un projet dont les contours exacts restent à établir devant le tribunal.
Sanon : un projet politique qui aurait basculé vers l’assassinat
Christian Emmanuel Sanon est accusé par les autorités américaines d’avoir participé à un projet visant initialement à renverser Jovenel Moïse et à instaurer une nouvelle autorité politique en Haïti.
Selon la thèse de l’accusation, ce projet aurait évolué jusqu’à l’assassinat du président dans sa résidence privée, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021.
Sanon rejette les accusations et a plaidé non coupable.
Le tribunal doit notamment examiner ses relations avec les différents protagonistes, les communications échangées avant les faits ainsi que les ressources financières et matérielles qui auraient été mobilisées.
Un million de dollars, une maison de 2,5 millions : les éléments cités par Valerio Ceran
Au cours des audiences, Valerio Ceran a évoqué plusieurs éléments attribués aux agents du FBI.
Parmi eux figure notamment une caution d’un million de dollars. Une maison évaluée à 2,5 millions de dollars aurait également été évoquée dans le cadre du dispositif entourant Christian Emmanuel Sanon.
Ces éléments doivent toutefois être replacés dans leur contexte judiciaire : ils font partie des informations et pièces examinées dans le cadre de la procédure et ne constituent pas, à eux seuls, une preuve définitive de culpabilité.
Samir Handal : les enquêteurs examinent ses liens et ses communications
Le nom de Samir Handal apparaît également dans les éléments examinés par les enquêteurs américains.
Les autorités se seraient notamment intéressées à ses relations avec certains protagonistes ainsi qu’à des communications susceptibles d’éclairer son rôle éventuel dans les événements ayant précédé l’assassinat.
Messages, appels téléphoniques et échanges sur WhatsApp figurent parmi les éléments susceptibles d’être utilisés pour reconstituer les contacts et les mouvements des personnes concernées.
Le dossier évoque également des allégations concernant la fourniture de ressources financières ou matérielles. Ces accusations restent soumises à l’examen de la justice.
Dans la chambre présidentielle : les déclarations d’un ancien militaire colombien
Les témoignages d’anciens militaires colombiens constituent un volet particulièrement important du dossier.
Pineda, cité dans la procédure, aurait fourni des informations concernant les événements survenus dans la chambre de Jovenel Moïse au moment de l’attaque.
Selon les éléments rapportés, Pineda aurait déclaré que Martine Moïse se trouvait sous le lit lorsque les assaillants se trouvaient dans la chambre, ce qui aurait limité sa visibilité sur les personnes présentes.
Ces déclarations devront être confrontées aux autres témoignages, aux éléments matériels et aux conclusions présentées par les parties devant le tribunal.
Pierre Grégoire et la chaîne logistique
Le nom de Pierre Grégoire apparaît également dans les éléments concernant l’arrivée et l’installation de certains ressortissants colombiens en Haïti.
Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer qui a facilité leur déplacement, où ils ont été hébergés, avec qui ils ont communiqué et quelles ressources ont été mises à leur disposition.
L’objectif est de reconstituer la chaîne logistique ayant précédé l’assassinat.
Armes, gilets pare-balles, véhicules et argent : qui finançait quoi ?
Le financement présumé du projet constitue l’un des axes majeurs de l’enquête.
Les éléments évoqués dans la procédure font référence à des armes, des gilets pare-balles, des véhicules, des logements et des ressources financières.
Les enquêteurs tentent de retracer l’origine des fonds et de déterminer comment ces ressources auraient été utilisées avant l’assassinat.
Une question demeure donc centrale : qui fournissait l’argent et à quelles fins ?
Une liste de futurs responsables : le projet allait-il au-delà du renversement ?
L’existence présumée d’une liste de personnes susceptibles de participer à un nouveau gouvernement après la chute de Jovenel Moïse constitue un autre élément sensible du dossier.
Si cette piste est confirmée par les preuves examinées par le tribunal, elle pourrait contribuer à éclairer la dimension politique du projet allégué.
Plusieurs noms auraient été mentionnés dans des documents examinés par les enquêteurs.
Mais là encore, une distinction fondamentale s’impose : être cité dans une liste ou un document ne signifie pas automatiquement avoir participé à un complot ou commis une infraction.
WhatsApp, appels et messages : la chronologie des événements
Les communications électroniques occupent une place importante dans l’enquête.
Les enquêteurs ont notamment examiné des appels, des messages et des conversations WhatsApp afin de reconstituer les contacts entre les différents protagonistes.
Ces éléments pourraient permettre d’établir une chronologie des déplacements, des rencontres et des décisions prises avant et après le 7 juillet 2021.
Badio devant la justice américaine
Après plusieurs années de détention en Haïti, Joseph Félix Badio entre à son tour dans une nouvelle phase judiciaire aux États-Unis.
Son avocat doit disposer de temps supplémentaire pour préparer sa défense avant les prochaines étapes de la procédure.
Les autorités américaines le présentent comme une figure importante de leur enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse.
Comme pour les autres accusés, sa responsabilité devra être établie sur la base des preuves présentées devant la justice américaine.
Cinq ans après : qui a réellement commandité l’assassinat ?
Cinq ans après la mort de Jovenel Moïse, plusieurs questions fondamentales demeurent.
Qui a commandité l’assassinat ? Qui l’a financé ? Qui a fourni les armes ? Qui a organisé la logistique ? Qui devait prendre le pouvoir après la mort du président ? Et quel a été le rôle précis de chaque protagoniste ?
Le procès de Miami pourrait apporter de nouveaux éléments à certaines de ces interrogations.
Mais une chose demeure essentielle : les accusations doivent être distinguées des faits judiciairement établis. C’est au tribunal, à partir des preuves recevables et des arguments des différentes parties, qu’il reviendra de déterminer la responsabilité pénale des accusés.
Rédaction : Sinoïs Francius
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