Me Newton Louis Saint-Juste soulève des questions sur le financement du crime et les pistes d’enquête

PORT-AU-PRINCE, 13 octobre 2026
Alors que le procès lié à l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse se poursuit aux États-Unis, l’avocat Me Newton Louis Saint-Juste livre son analyse du dossier et soulève plusieurs interrogations sur le financement du crime, les pistes d’enquête et les personnes susceptibles d’être impliquées dans cette affaire.
À travers ses déclarations de ce mardi 13 octobre 2026, l’homme de loi met notamment l’accent sur la nécessité d’approfondir les investigations afin de mieux comprendre les mécanismes financiers ayant entouré l’opération et d’identifier les éventuelles responsabilités.
Le financement du crime : des interrogations autour de plusieurs millions de dollars
La première considération soulevée par Me Newton Louis Saint-Juste concerne le financement de l’opération ayant conduit à l’assassinat de Jovenel Moïse, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, en sa résidence privée à Pèlerin 5, à Pétion-Ville.
Selon les chiffres évoqués dans son analyse, le financement identifié ou estimé dans le dossier s’élèverait à environ 9 343 200 dollars américains. Toutefois, l’avocat estime que ce montant ne permettrait pas nécessairement de rendre compte de l’ensemble des ressources mobilisées pour préparer l’opération.
Il fait également référence aux déclarations attribuées à Emmanuel Philippe, dit Emmanuel Party, qui aurait évoqué des transactions bancaires totalisant près de 20 millions de dollars en République dominicaine. Ces montants, qui demandent à être documentés et vérifiés à partir des pièces bancaires et judiciaires, soulèvent selon lui des questions sur l’origine, la circulation et la destination des fonds.
Me Newton Louis Saint-Juste estime qu’il pourrait exister d’autres ressources financières liées à la préparation de l’opération. Il évoque notamment des collectes de fonds qui auraient été organisées initialement dans la perspective d’un coup d’État, avant que le projet ne débouche sur l’assassinat du chef de l’État. Cette interprétation doit toutefois être confrontée aux éléments de preuve établis dans le cadre des procédures judiciaires.
L’avocat attire par ailleurs l’attention sur la traçabilité des transactions financières en Haïti. Il met en cause l’ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti, Léon Charles, auquel il attribue un rôle dans le blocage de certaines démarches de traçabilité bancaire.
Cette affirmation constitue une accusation formulée par l’avocat et nécessite, à ce titre, des éléments vérifiables permettant d’en établir le fondement.
Pour Me Newton Louis Saint-Juste, la compréhension du financement de l’assassinat représente un élément essentiel pour reconstituer la chaîne des responsabilités et déterminer si d’autres acteurs ou circuits financiers restent à examiner.
Des pistes d’enquête qui ne doivent pas être limitées aux personnes déjà citées
La deuxième considération porte sur les pistes suivies par les enquêteurs et sur la nécessité de ne pas limiter les investigations aux seules personnes déjà citées dans les procédures judiciaires.
L’avocat établit un parallèle avec le dossier impliquant le docteur Emmanuel Sanon, dont le nom a été associé aux préparatifs de l’opération. Selon son analyse, il convient d’examiner les liens entre les démarches entreprises aux États-Unis et l’exécution de l’opération en Haïti.
Me Newton Louis Saint-Juste souhaite que les investigations permettent d’identifier d’éventuelles autres personnes impliquées, sans se limiter aux acteurs déjà connus du public.
Il insiste cependant sur une distinction importante : le fait qu’une personne ait fréquenté Emmanuel Sanon, entretenu des relations avec lui ou vu son nom apparaître dans des éléments préliminaires d’une enquête ne suffit pas, à lui seul, à établir sa culpabilité.
Cette précision concerne notamment les personnes dont les noms ont été évoqués dans le débat public autour de l’assassinat. Pour l’avocat, les responsabilités individuelles doivent être appréciées à partir des preuves, des témoignages et des éléments soumis aux juridictions compétentes.
L’enjeu est donc de déterminer les rôles effectivement joués par les différents acteurs, plutôt que de tirer des conclusions définitives à partir de simples relations personnelles ou de mentions dans le dossier.
L’opération dite « Bolivie » et les accusations visant Martine Moïse
Dans son analyse, Me Newton Louis Saint-Juste évoque également l’opération dite « Bolivie », ainsi que certaines informations relayées par des médias américains au sujet des motivations financières qui auraient entouré l’assassinat.
Il conteste certaines interprétations diffusées dans le débat médiatique, notamment celles faisant état d’une opération destinée à récupérer des fonds liés à des activités présumées de trafic de drogue impliquant Jovenel Moïse et des Colombiens.
L’avocat mentionne des montants compris entre 43 et 53 millions de dollars américains dans le cadre de ces allégations. Toutefois, les éléments présentés dans ses déclarations ne permettent pas, à eux seuls, d’établir l’origine de ces sommes, leur lien avec l’assassinat ou l’existence d’un mécanisme financier correspondant.
Me Newton Louis Saint-Juste aborde également les accusations visant Martine Moïse, la veuve de l’ancien président, dont le nom a été associé à différentes controverses entourant cette affaire. Il convient de rappeler que les accusations circulant dans le débat public ne constituent pas, en elles-mêmes, une preuve de participation à un crime.
La détermination des responsabilités doit reposer sur des éléments judiciaires vérifiables et sur les décisions des juridictions compétentes.
La nécessité d’établir les responsabilités sur la base des preuves
À travers ces différentes considérations, Me Newton Louis Saint-Juste appelle à un examen approfondi des circuits financiers, des relations entre les acteurs et des différentes pistes susceptibles d’éclairer les circonstances de l’assassinat de Jovenel Moïse.
Son analyse soulève plusieurs questions essentielles : quel a été le montant total des ressources mobilisées pour préparer l’opération ? Quels circuits bancaires ont été utilisés ? D’autres personnes ont-elles participé à la planification, au financement ou à l’exécution du crime ?
Autant d’interrogations qui nécessitent des réponses fondées sur des documents, des témoignages et des éléments de preuve soumis à l’examen de la justice.
Alors que les procédures judiciaires se poursuivent aux États-Unis, la recherche de la vérité sur l’assassinat de Jovenel Moïse demeure un enjeu majeur pour Haïti. L’établissement des responsabilités exige toutefois de distinguer les faits documentés, les déclarations des protagonistes et les hypothèses encore à vérifier.
Rédaction : Sinoïs Francius
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