ÉDITORIAL

La refondation d’Haïti commence par les universités

Depuis plusieurs années, la refondation de l’État haïtien est devenue un thème récurrent dans les discours politiques. Chaque nouveau gouvernement annonce des réformes, chaque acteur promet la modernisation des institutions, et chaque partenaire international évoque le renforcement des capacités de l’État. Pourtant, une question fondamentale demeure presque toujours ignorée : Haïti peut-elle refonder son État sans placer les universités et la recherche scientifique au cœur de son projet national ?

La réponse est claire : non.

Aucun État moderne ne se construit sur l’improvisation. Aucun pays ne peut planifier son développement sans données fiables, sans analyses scientifiques et sans expertise nationale. Dans les grandes démocraties, les universités ne se limitent pas à former des diplômés. Elles produisent des connaissances, évaluent les politiques publiques, proposent des réformes et accompagnent les pouvoirs publics dans leurs décisions stratégiques. C’est pourquoi elles sont considérées comme le cerveau de la nation.

Malheureusement, en Haïti, les liens entre l’État et le monde universitaire demeurent trop faibles. La recherche scientifique souffre d’un manque de financement, de nombreux laboratoires disposent de moyens insuffisants et les études réalisées influencent rarement les décisions publiques. Pendant que le pays s’enlise dans des crises répétitives, de nombreux chercheurs et professionnels qualifiés quittent Haïti pour mettre leurs compétences au service d’autres nations. Cette fuite des cerveaux prive le pays de l’une de ses plus grandes richesses.

Un État qui prend des décisions sans s’appuyer sur la recherche avance comme un navire sans boussole. Il progresse sans véritable direction. Cette réalité explique en partie pourquoi de nombreuses politiques publiques échouent, pourquoi plusieurs projets restent sans lendemain et pourquoi les ressources publiques sont souvent dépensées sans résultats durables.

Il est temps de changer de logique. Chaque ministère devrait établir un partenariat permanent avec les universités et les centres de recherche. Toute réforme majeure devrait être précédée d’études scientifiques rigoureuses. Les décisions stratégiques de l’État doivent désormais reposer sur des données, des évaluations et des analyses objectives. C’est à cette condition que l’administration publique deviendra plus efficace, plus transparente et davantage responsable.

À l’heure où l’intelligence artificielle, la transformation numérique et l’innovation redéfinissent le fonctionnement des États à travers le monde, Haïti ne peut rester en marge. Les universités doivent être encouragées à développer des recherches dans les domaines de la sécurité, de la justice, de l’agriculture, de l’éducation, de l’énergie, de la santé, de la gestion des risques, de l’environnement et de l’économie numérique. Ce sont ces connaissances qui permettront de moderniser les institutions publiques et d’améliorer durablement les conditions de vie de la population.

Cependant, cette responsabilité ne repose pas uniquement sur l’État. Les universités doivent également renforcer leur ouverture sur la société, orienter leurs travaux vers les besoins réels du pays, promouvoir l’innovation et contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, de chercheurs et de décideurs.

La refondation d’Haïti ne se fera pas uniquement au Palais national, dans les ministères ou au Parlement. Elle doit également se construire dans les salles de classe, les laboratoires, les bibliothèques et les centres de recherche. C’est là que naissent les idées, que se forgent les solutions et que se prépare l’avenir d’une nation.

Si Haïti veut rompre avec le cycle des crises qui freinent son développement, elle doit faire un choix historique : placer la connaissance, la science et la recherche au centre de son

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