Près de cinq ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, le dossier judiciaire continue de soulever de nombreuses interrogations. Alors que le juge instructeur Jean Denis Cyprien poursuit ses auditions, certaines situations apparaissent particulièrement troublantes et méritent d’être examinées avec attention.

Parmi les éléments qui interpellent figure le cas de Me André Michel. L’avocat et homme politique, connu avant 2017 comme l’un des adversaires politiques les plus virulents de Jovenel Moïse, a lui-même été auditionné comme témoin dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien président. Il a été entendu par le juge Jean Denis Cyprien le 14 mai 2026.
Or, quelques mois plus tard, Me André Michel apparaît aux côtés du journaliste Jean Monard Métellus, cette fois en qualité d’avocat de ce dernier, appelé à répondre aux questions du même magistrat dans le même dossier. Jean Monard Métellus a comparu devant le juge Cyprien le 10 août 2026.
Cette situation pose une question essentielle : comment expliquer qu’une personne déjà entendue comme témoin dans une affaire puisse ensuite assurer la défense d’un autre témoin convoqué dans cette même affaire ?
Il ne s’agit pas, à ce stade, d’affirmer l’existence d’une faute ou d’une infraction. Mais cette configuration peut légitimement susciter des interrogations sur la perception d’un éventuel conflit d’intérêts, sur la confidentialité des informations recueillies lors des auditions et, plus largement, sur l’apparence d’impartialité de la procédure.
Le parcours politique de certains protagonistes ajoute une autre dimension à cette affaire. André Michel avait été un opposant particulièrement virulent à Jovenel Moïse. Des déclarations publiques attribuées à certains acteurs politiques et médiatiques de l’époque témoignent également de la violence du débat politique qui opposait les différents camps.
Jean Monard Métellus, de son côté, a également été appelé à s’expliquer devant le magistrat instructeur sur des éléments susceptibles d’éclairer les circonstances entourant l’assassinat du président.
Le plus grand paradoxe demeure toutefois celui-ci : dans une affaire aussi grave, où la société haïtienne attend toujours que soient identifiés non seulement les exécutants, mais surtout les véritables commanditaires, l’instruction doit pouvoir répondre à toutes les questions, sans distinction politique.
Le juge Jean Denis Cyprien poursuit actuellement son travail. Après André Michel et Jean Monard Métellus, d’autres personnalités politiques ont également été entendues comme témoins, notamment Moïse Jean-Charles le 11 août 2026.
Cinq ans après le crime, la question fondamentale reste donc entière : la justice haïtienne parviendra-t-elle enfin à établir toute la vérité sur l’assassinat de Jovenel Moïse, y compris sur les éventuels commanditaires et sur le rôle précis de chacun des acteurs cités dans ce dossier ?
C’est précisément sur ce terrain que l’instruction du juge Jean Denis Cyprien est désormais attendue : non pas seulement pour multiplier les auditions, mais pour établir une vérité judiciaire cohérente, documentée et incontestable.





