CRISE POLITIQUE ET ÉLECTORALE

LES ACTEURS FAVORABLES À LA COUR DE CASSATION ANNONCENT UNE MOBILISATION NATIONALE POUR LE 4 SEPTEMBRE

Port-au-Prince, 31 août 2026
Sinoteam Media Info

Les acteurs politiques et sociaux favorables à une solution institutionnelle autour de la Cour de cassation ont rencontré la presse ce lundi 31 août 2026 pour annoncer une nouvelle journée de mobilisation prévue pour le 4 septembre prochain. Lors de cette rencontre, plusieurs intervenants ont vivement critiqué la gestion du pouvoir en place, la situation sécuritaire et l’organisation du processus électoral.
Prenant la parole, Serge Jean-Louis a expliqué que cette mobilisation vise principalement à poursuivre la pression populaire contre les autorités actuelles, dont il juge le bilan « catastrophique » après près de 24 mois de gouvernance.
Selon lui, les manifestations annoncées par ce regroupement ne constituent pas des initiatives personnelles, mais s’inscrivent dans une démarche visant à défendre les droits constitutionnels des citoyens.

Serge Jean-Louis affirme également que les organisateurs notifient systématiquement la Police nationale avant les manifestations, mais dénonce le fait que plusieurs mobilisations auraient, selon lui, été dispersées par les forces de l’ordre malgré le droit constitutionnel de manifester.
Pour la mobilisation du 4 septembre 2026, les organisateurs annoncent vouloir inviter la presse internationale ainsi que les organisations de défense des droits humains, afin qu’elles puissent, selon eux, observer le déroulement de la manifestation et témoigner de la situation sur le terrain.
Kenscoff et Limonade : de vives dénonciations contre l’insécurité
De son côté, Resiaque Délicieux a dénoncé avec vigueur la situation sécuritaire, notamment les violences enregistrées à Kenscoff et à Limonade, dans le Nord.

L’intervenant s’est particulièrement interrogé sur la responsabilité des autorités dans la prévention des violences à Kenscoff. Il soutient que les autorités auraient été informées de risques de massacre, mais n’auraient pas pris les mesures nécessaires pour empêcher les violences.
Ces accusations, formulées publiquement lors de la conférence de presse, renforcent les critiques visant la capacité de l’État à protéger la population dans plusieurs zones du pays.
Dans ce contexte, les acteurs favorables à la Cour de cassation réclament le départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et de son gouvernement. Ils proposent leur remplacement par un gouvernement bicéphale issu de la Cour de cassation, qu’ils considèrent comme une alternative institutionnelle à la crise actuelle.

Jean Fenel Thanis : « Ce qui se prépare ne sera pas une élection, mais une sélection »
La question électorale a également occupé une place centrale dans les échanges avec la presse.
Jean Fenel Thanis a livré une lecture particulièrement critique du processus engagé par le Conseil électoral provisoire (CEP). Il affirme que plusieurs actions entreprises par le CEP et par le gouvernement seraient contraires aux dispositions constitutionnelles.
Selon lui, le processus électoral actuellement mis en place ne garantirait pas les conditions nécessaires à de véritables élections démocratiques.
Jean Fenel Thanis va jusqu’à qualifier le scrutin annoncé de « championnat de quartier » et de « décret-fait-bolèt », expressions destinées à dénoncer ce qu’il considère comme un processus électoral taillé sur mesure.
Il soutient surtout que le pays ne se dirige pas vers une véritable compétition électorale, mais vers une « sélection » des personnes qui seraient appelées à occuper les fonctions de président, de sénateurs, de députés, de maires ainsi que de CASEC et d’ASEC.
Dans son intervention, il a également évoqué l’article 149 de la Constitution, qu’il considère comme un élément central dans la recherche d’une solution institutionnelle à la crise.
Pour Jean Fenel Thanis, les autorités actuellement en place ne seraient pas arrivées au pouvoir à travers le mécanisme prévu par cet article, mais seraient plutôt, selon son expression, en situation de « hold-up » institutionnel.
Sur cette base, les acteurs favorables à la Cour de cassation réitèrent leur demande de départ du gouvernement et appellent la population à participer à la manifestation du 4 septembre 2026.
Bateau Junior : un processus électoral contesté à la base
Intervenant à son tour, Bateau Junior a dressé un tableau particulièrement sombre de la situation politique et institutionnelle du pays.
Revenant sur l’histoire politique récente d’Haïti, il a évoqué plusieurs périodes et personnalités politiques, tout en faisant référence aux réflexions de Georges Sylvain et aux écrits de Mme Manigat sur la Constitution et les institutions haïtiennes.
Bateau Junior a également exprimé de sérieuses réserves sur la manière dont le processus électoral est actuellement conduit.
Selon lui, les difficultés ne se situent pas uniquement au niveau de l’organisation matérielle des élections, mais seraient, selon son analyse, présentes dès les fondements mêmes du processus.
Il s’est notamment interrogé sur les bases légales permettant, selon lui, de contraindre des employés de l’État à contribuer financièrement à l’organisation des élections.
S’adressant directement au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, il demande : où la législation haïtienne autorise-t-elle une telle pratique ?
Inscription électorale : entre mobilisation institutionnelle et méfiance populaire
Bateau Junior a par ailleurs souligné que, malgré les efforts déployés autour de l’inscription sur les listes électorales, une partie importante de la population resterait méfiante face au processus.
Il affirme que de nombreux citoyens observent la situation sans se précipiter pour s’inscrire comme électeurs, estimant que la confiance dans les institutions demeure profondément fragilisée.
Il critique également le rôle de certains anciens dirigeants et acteurs politiques qui, selon lui, seraient aujourd’hui mobilisés pour encourager la population à participer au processus électoral.
« Trois victoires, trois défaites » : Bateau Junior critique le discours politique
Dans une autre partie de son intervention, Bateau Junior a fait référence à une déclaration attribuée à Jean-Henry Céant concernant plusieurs plateformes politiques qui pourraient, selon lui, remporter les élections.
Bateau Junior a retourné cette logique en affirmant que, pour une partie de la population, les « victoires » politiques se mesureraient plutôt à travers les drames et les massacres enregistrés dans différentes régions du pays.
Il a ainsi lancé une formule particulièrement critique : pendant que les plateformes politiques attendraient leur victoire électorale, la population, elle, attendrait la fin des massacres et de l’insécurité.
Une manifestation annoncée dans un contexte de crise profonde
À travers cette conférence de presse, les acteurs favorables à la Cour de cassation veulent donc maintenir la pression sur les autorités et placer au centre du débat trois revendications majeures : le départ du gouvernement actuel, une solution institutionnelle autour de la Cour de cassation et la contestation du processus électoral en cours.
La manifestation annoncée pour le 4 septembre 2026 devrait ainsi constituer un nouveau test pour le mouvement et pour les autorités chargées de garantir à la fois la sécurité publique et l’exercice du droit constitutionnel de manifester.
Les organisateurs affirment vouloir mobiliser largement la population et sollicitent également la présence de la presse internationale et des organisations de défense des droits humains.
Reste désormais à savoir quelle sera la réaction du gouvernement et de la Police nationale face à cet appel à la mobilisation, dans un pays profondément marqué par la crise politique, l’insécurité et la défiance envers les institutions.

Rédaction : Sinoïs Francius
Production : Sinoteam Media Info

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