400 MAWOZO : QUAND L’ÉTAT ABANDONNE LE TERRAIN, LA BARBARIE S’INSTALLE

Le crime rapporté contre une jeune femme dans une zone contrôlée par le gang 400 Mawozo ne doit pas être considéré comme un simple fait divers. Au-delà de l’horreur que suscite un tel acte, il révèle une question beaucoup plus grave : que reste-t-il de l’autorité de l’État lorsque des groupes armés peuvent imposer leur loi à des populations entières ?
Une société ne peut pas prétendre fonctionner normalement lorsque des citoyens vivent sous la menace des armes et lorsque certains territoires échappent durablement au contrôle des institutions républicaines.
Où est l’État ?
C’est la première question que nous devons poser.
Où est la Police nationale d’Haïti, dont la mission première est de protéger la population ?
Où sont les Forces armées d’Haïti, appelées à contribuer à la défense du territoire et à la sécurité nationale ?
Où est la Justice, lorsqu’une victime ou sa famille ne peut même pas espérer obtenir rapidement protection, enquête et réparation ?
Et surtout : combien de temps encore l’État haïtien acceptera-t-il que des groupes armés exercent de facto une autorité sur des portions du territoire national ?
Les gangs ne sont pas un État
Les groupes armés ne peuvent pas être considérés comme une autorité alternative.
Ils n’ont ni mandat populaire, ni légitimité constitutionnelle, ni droit de décider de la vie ou de la mort des citoyens.
Leur pouvoir repose sur les armes, la peur et la violence.
Mais leur expansion devient possible lorsque les institutions républicaines sont faibles, divisées ou incapables d’exercer leur autorité.
C’est précisément là que se trouve l’une des grandes tragédies d’Haïti : plus l’État recule, plus les gangs gagnent du terrain.
La répression suffit-elle ?
Non.
La lutte contre les groupes armés exige une réponse sécuritaire forte, mais cette réponse doit rester encadrée par la loi.
La PNH doit disposer des moyens nécessaires pour combattre la criminalité. Les Forces armées doivent pouvoir jouer leur rôle dans le cadre légal qui leur est attribué. La Justice doit pouvoir enquêter, poursuivre et condamner les responsables des crimes.
Mais il faut également s’attaquer aux réseaux qui alimentent les gangs : financement, trafic d’armes, corruption, complicités et blanchiment d’argent.
Car arrêter quelques hommes armés ne suffira jamais si ceux qui financent, arment ou protègent les réseaux criminels continuent de circuler librement.
Et les victimes ?
Au milieu de cette guerre imposée à la population, il y a des femmes, des enfants, des familles et des citoyens ordinaires.
La jeune femme victime de ce crime n’est pas seulement un nom ou une statistique.
Elle représente toutes ces victimes qui attendent encore justice.
Une société qui ne protège pas ses victimes et qui ne poursuit pas les criminels finit par envoyer un message extrêmement dangereux : la violence paie et l’impunité protège.
Haïti doit refuser cette logique.
Le pays a besoin d’une PNH renforcée, d’une armée républicaine opérationnelle, d’une justice indépendante et efficace, mais aussi d’un État capable de reprendre progressivement le contrôle de chaque portion de son territoire.
La question fondamentale n’est donc plus seulement :
Qui a commis ce crime ?
Elle doit également être :
Pourquoi l’État n’a-t-il pas été capable de protéger cette citoyenne ?
Et demain, si rien ne change :
Qui protégera la prochaine victime ?
Rédaction :Sinoïs Francius.
Ptoduction: Sinoteam Media Info.





