La situation sécuritaire en Haïti continue d’avoir de lourdes répercussions sur l’économie nationale, en particulier dans la commune de Tabarre. Les responsables du Centre Commercial Marché Moderne de Tabarre tirent la sonnette d’alarme face aux conséquences désastreuses du blocage des routes nationales #1 et #2, une situation qui perdure depuis près de cinq ans et qui entrave gravement les échanges commerciaux avec le reste du pays.

Selon le président du centre, Jonas Vincent, les infrastructures du marché existent bel et bien et sont en mesure de fonctionner normalement. Toutefois, l’insécurité persistante, notamment au niveau des axes stratégiques reliant le Nord et le Sud, empêche toute activité fluide. Les principaux points d’entrée sont sous contrôle de groupes armés, ce qui bloque l’accès aux commerçants venant des villes de province.
Dans ses déclarations, Jonas Vincent critique également l’inaction des autorités en place. Il souligne que le nouveau gouvernement, en fonction depuis environ deux mois, n’a encore donné aucun signal concret démontrant une réelle volonté de résoudre la crise sécuritaire, alors même que la population continue de faire face à des conditions de vie de plus en plus difficiles.
Le responsable décrit le parcours des commerçants provinciaux comme un véritable chemin de croix. Ces derniers sont contraints de payer entre neuf et dix postes de péage illégaux imposés par des gangs lourdement armés. Cette situation entraîne une hausse considérable des prix des marchandises et réduit significativement la capacité des commerçants à s’approvisionner en quantité suffisante.
Par ailleurs, bien que le centre commercial entretienne des relations avec plusieurs pays, notamment la Chine et le Panama, ses échanges avec la République dominicaine sont fortement perturbés. Cette détérioration est en grande partie liée aux décisions prises par le président dominicain Luis Abinader, qui a restreint les transports terrestres et aériens entre les deux pays. Une mesure qui complique davantage les activités commerciales du centre.
Sur le plan institutionnel, Jonas Vincent rappelle qu’une initiative avait été annoncée par l’État haïtien visant à recapitaliser les commerçants victimes de violences, de pillages et de catastrophes naturelles. Plusieurs ministères, dont la Planification, les Finances, le Commerce ainsi que la Primature, avaient affirmé que les fonds étaient déjà disponibles et déposés au Fonds de Développement Industriel (FDI).
Cependant, après vérification, les responsables du centre indiquent que le FDI n’a reçu aucun décaissement à ce jour. Cette contradiction illustre, selon eux, un manque de coordination et de transparence au sein des institutions publiques, laissant les commerçants dans une situation d’incertitude totale.
Aujourd’hui, les petites et moyennes entreprises se retrouvent dans une impasse critique. Elles doivent faire face à des obligations financières importantes, tant au niveau personnel que professionnel, sans oublier les pressions exercées par les banques et les institutions de microcrédit, peu enclines à accorder des moratoires malgré le contexte de crise.
Face à cette réalité alarmante, les acteurs économiques de Tabarre appellent les autorités à prendre des mesures urgentes et concrètes afin de rétablir la sécurité, relancer les activités commerciales et éviter un effondrement encore plus profond du tissu économique local.





