Ministère de la Défense : entre montée en puissance de l’armée et défis de transition sous une nouvelle direction
Longtemps resté en marge des convoitises politiques et de la société civile, le ministère de la Défense suscite aujourd’hui un intérêt croissant en Haïti. Ce regain d’attention s’est particulièrement manifesté depuis l’arrivée de Jean Michel Moïse, dont le passage à la tête de l’institution a coïncidé avec une dynamique de renforcement des capacités militaires nationales.

Selon les données disponibles, l’effectif des Forces armées d’Haïti est passé d’environ 800 militaires entre 2017 et 2024 à près de 1 300 entre 2024 et 2026, sur un objectif annoncé de 20 000 soldats. Cette montée en puissance s’inscrit dans une volonté affirmée de doter le pays d’une armée capable d’assurer la sécurité des frontières terrestres, maritimes et aériennes, une nécessité également reconnue par plusieurs partenaires internationaux.
Dans cette optique, le ministère a bénéficié d’un budget en nette augmentation, permettant l’acquisition d’équipements stratégiques, dont des blindés, des camions de transport de troupes et d’autres matériels militaires. Des projets d’infrastructures ont également été lancés, notamment la création de 27 bases militaires à travers le territoire et l’aménagement d’un bâtiment administratif à Pétion-Ville pour accueillir des services, dont un hôpital militaire.
Le bilan inclut aussi la mise en place d’unités spécialisées comme la force « Focon-Pèlerin », ainsi que la formation de plusieurs classes de soldats et d’officiers, avec l’appui de pays partenaires comme les États-Unis, la France ou le Mexique. Des initiatives telles que l’installation de systèmes d’énergie solaire dans les bases ou encore la préparation de nouveaux recrutements témoignent d’une volonté de structuration à long terme.
Toutefois, la transition vers la nouvelle administration dirigée par Mario André Sol soulève déjà certaines préoccupations. Des observateurs appellent à une gestion plus discrète des activités militaires, tout en soulignant la nécessité de distinguer clairement les missions de l’armée de celles de la police nationale dans le contexte sécuritaire actuel.
Par ailleurs, une récente circulaire exigeant le retour des militaires dans leurs bases sous 72 heures, sous peine d’être considérés comme déserteurs, suscite des inquiétudes au sein des troupes. Cette mesure, jugée difficilement applicable pour certains détachements éloignés, pourrait fragiliser le dispositif sécuritaire dans plusieurs zones reculées. Des voix s’élèvent ainsi pour appeler à une révision de cette décision, afin de concilier discipline militaire et réalités du terrain.





