Haïti : l’Accord de Montana accuse le BINUH de complicité dans une dérive autoritaire

Port-au-Prince, le 26 avril 2026 — Le Comité de Pilotage de l’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana est monté au créneau pour dénoncer avec vigueur ce qu’il qualifie de « dérive autoritaire » en Haïti, accusant le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) de complicité dans la crise institutionnelle actuelle.

Dans un communiqué de presse publié ce dimanche, les responsables de l’Accord de Montana rejettent catégoriquement les conclusions du dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la situation en Haïti. Selon eux, ce document serait « profondément déformé, politiquement orienté et dangereux », loin de refléter la réalité du pays.

Le Comité estime que les événements du 7 février 2026 ne sauraient être présentés comme une « continuité institutionnelle » ou une « passation pacifique ». À ses yeux, il s’agit plutôt d’une manipulation politique ayant permis une concentration illégale des pouvoirs de l’État entre les mains du Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, en violation flagrante de l’esprit de la Constitution de 1987 amendée.

Les signataires dénoncent également l’interprétation faite de l’article 149 de la Constitution, affirmant que la situation actuelle ne correspond en rien à un cas de vacance présidentielle tel que prévu par la loi fondamentale. Ils considèrent qu’il s’agit d’un vide institutionnel exploité à des fins politiques, avec l’aval implicite du BINUH.

Par ailleurs, le Comité de Pilotage s’insurge contre le ton jugé complaisant du rapport onusien face à la dégradation dramatique de la situation humanitaire et sécuritaire dans le pays. Alors qu’Haïti fait face à une flambée de violences armées, à des milliers de morts, à plus d’un million de déplacés internes et à une crise humanitaire majeure, le rapport évoquerait des « progrès » et des « avancées », une lecture que le Comité qualifie d’« erronée » et d’« indécente ».

L’organisation dénonce en outre ce qu’elle considère comme une tentative de légitimation d’un processus électoral « irréaliste et dangereux », accusant le BINUH d’avoir franchi une ligne rouge en soutenant activement le Conseil électoral provisoire (CEP) dans une démarche politiquement orientée.

Pour les responsables de l’Accord de Montana, cette implication constitue une ingérence grave dans les affaires internes du pays et une atteinte directe à la souveraineté nationale. Ils affirment que le BINUH, loin de jouer un rôle de stabilisation, serait désormais devenu un acteur politique engagé.
Face à cette situation, le Comité exige la réévaluation immédiate du mandat et de la présence du BINUH en Haïti. Il réaffirme également le droit inaliénable du peuple haïtien à définir lui-même son avenir politique, sans influence ni pression extérieure.

« Haïti n’est pas un laboratoire politique, mais une nation souveraine, et cette souveraineté ne se négocie pas », conclut fermement le communiqué signé notamment par le Dr Jean Hénold Buteau, Me Francisco Alcide, Yves A. Joseph et Ersno Lertilus.

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