Haïti: 31 ans après le drame de l’Afébrile et du Valodon, les familles des victimes réclament justice et l’arrestation de Rudolph Henry Boulos

Port-au-Prince, 24 juin 2026 – Trente-et-un ans après le scandale sanitaire provoqué par les sirops Afébrile et Valodon, l’Association des Parents des Enfants Victimes du Diéthylène Glycol continue de réclamer justice pour les centaines d’enfants décédés ou gravement affectés par ces médicaments produits en 1995 par le laboratoire Pharval. Lors d’une conférence de presse organisée à l’occasion de cet anniversaire, les responsables de l’association ont dénoncé l’impunité persistante entourant cette affaire et exigé l’arrestation de plusieurs personnalités qu’ils jugent impliquées dans le dossier.

Selon le président de l’association, Martinesse Saint-Fleur, les familles des victimes n’ont jamais obtenu la réparation qu’elles estiment mériter malgré les décisions judiciaires rendues dans cette affaire. Il accuse ouvertement l’homme d’affaires Rudolph Henry Boulos d’être responsable de la production et de la commercialisation des médicaments contaminés ayant entraîné la mort de nombreux enfants haïtiens. Il reproche également à Pierre Espérance d’avoir accepté, selon ses allégations, des fonds destinés aux familles des victimes, une accusation qui n’a toutefois pas été étayée par des preuves publiques lors de cette intervention.

Les responsables de l’association affirment que la justice haïtienne avait condamné Rudolph Henry Boulos à verser des dommages et intérêts aux familles touchées ainsi qu’à purger une peine d’emprisonnement. Ils soutiennent cependant que cette décision n’aurait jamais été pleinement exécutée. Selon eux, l’intéressé aurait quitté le pays pour s’installer en République dominicaine afin d’échapper aux conséquences judiciaires de cette affaire.

Les représentants de l’organisation ont également exprimé leurs inquiétudes concernant la sécurité sanitaire en Haïti. Martinesse Saint-Fleur a indiqué que plusieurs parents auraient récemment signalé des problèmes liés à un autre médicament commercialisé sur le marché local, appelant les autorités compétentes à mener des enquêtes approfondies afin de protéger la population, en particulier les enfants.

Prenant également la parole, Dr Sheila Denis, présentée comme l’une des personnes directement touchées par cette tragédie, a dénoncé ce qu’elle considère comme l’absence d’un véritable système de contrôle des médicaments importés et distribués en Haïti. Elle estime que le manque de surveillance des produits pharmaceutiques a contribué à l’ampleur du drame de 1995.

Dr Denis a rappelé que plusieurs survivants continuent de vivre avec de lourdes séquelles physiques et psychologiques. Elle a souligné que diverses démarches entreprises au fil des années auprès des autorités haïtiennes pour obtenir des soins spécialisés et une assistance financière n’ont pas produit les résultats espérés. Elle a lancé un appel au gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé afin qu’il se prononce sur la situation des survivants et des familles encore confrontées à de graves difficultés économiques et sociales.

Pour sa part, Lemaire Cica, l’un des parents de victimes présents à la conférence, a dénoncé ce qu’il qualifie d’inaction des autorités dans ce dossier. Il a réclamé que toute la lumière soit faite sur les responsabilités liées à cette tragédie et que les personnes reconnues coupables par la justice répondent de leurs actes.

À l’occasion de ce 31e anniversaire, l’Association des Parents des Enfants Victimes du Diéthylène Glycol a réitéré son appel à la vérité, à la justice et à la réparation. Les responsables de l’organisation estiment que cette catastrophe sanitaire, qui a marqué l’histoire récente d’Haïti, demeure un symbole de l’impunité et du combat inachevé des familles pour la reconnaissance de leurs droits.

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