Le temps des auditions est passé, place à la vérité

Le retour en Haïti de l’ancien président Joseph Michel Martelly ne devrait ni être considéré comme un spectacle politique, ni comme un simple fait divers judiciaire. Si sa comparution devant le juge chargé de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse est un événement majeur, elle ne prendra tout son sens que si elle marque le début d’une véritable offensive contre l’impunité.
Depuis trop longtemps, la justice haïtienne avance à pas lents sur les dossiers les plus sensibles. Pendant ce temps, les citoyens accumulent les questions sans obtenir de réponses. Qui a commandité l’assassinat de Jovenel Moïse ? Quels étaient les réseaux de pouvoir derrière ce crime ? Comment les gangs ont-ils acquis une telle influence ? Où sont passés les milliards de dollars du fonds PetroCaribe ?
Ces questions ne concernent pas un seul homme. Elles concernent tout un système. Réduire la quête de vérité à Michel Martelly serait une erreur. Si des preuves existent contre lui ou contre toute autre personnalité, elles doivent être présentées devant les tribunaux. À défaut, la justice doit poursuivre son travail sans céder à la pression politique ou médiatique.
Le scandale PetroCaribe demeure l’un des plus grands symboles de la faillite de la gouvernance publique. Des milliards de dollars ont été engagés pour financer le développement du pays. Pourtant, les résultats restent largement en deçà des attentes. Les rapports d’audit ont soulevé de nombreuses irrégularités, mais les procès se font toujours attendre. Les anciens ministres, parlementaires, maires, entrepreneurs et responsables administratifs impliqués dans l’exécution de ces projets sont connus. Les archives existent. Les contrats existent. Les traces financières existent. Encore faut-il une justice déterminée à les suivre.
Le peuple haïtien ne demande pas des arrestations spectaculaires. Il demande une justice crédible, capable d’établir les faits, de situer les responsabilités et, lorsque les preuves le justifient, de condamner les coupables tout en garantissant les droits de la défense.
L’histoire retiendra peut-être le retour de Michel Martelly devant un juge. Mais elle jugera surtout la capacité de l’État haïtien à rompre avec la tradition de l’impunité. Une démocratie ne se construit pas sur les rumeurs ni sur les règlements de comptes. Elle se construit sur une justice indépendante, impartiale et suffisamment courageuse pour enquêter sur tous les acteurs, sans privilège et sans exception.
Le pays n’a plus besoin de promesses. Il attend des résultats. Et la vérité, toute la vérité.
Sinois Francius
PDG de Sinoteam Media Info
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