Affaire Jovenel Moïse

le transfert de Félix Badio ouvre-t-il enfin la porte aux vérités cachées ?
ÉDITORIAL
AFFAIRE JOVENEL MOÏSE
LE TRANSFERT DE FÉLIX BADIO OUVRE-T-IL ENFIN LA PORTE AUX VÉRITÉS CACHÉES ?
Par Sinoïs Francius, SINOTEAM MEDIA INFO
Cinq ans après l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, une nouvelle page vient de s’ouvrir dans un dossier qui continue de hanter la conscience nationale.
Le transfert de Joseph Félix Badio et de 17 ressortissants colombiens vers les États-Unis ne constitue pas simplement un nouvel épisode judiciaire. Il pose une question fondamentale : la justice américaine parviendra-t-elle là où la justice haïtienne n’a pas encore réussi à aller ?
Car derrière l’assassinat de Jovenel Moïse, il ne s’agit pas seulement de savoir qui a appuyé sur la gâchette.
Il faut savoir qui a planifié, qui a financé, qui a recruté, qui a facilité, qui a donné les informations et, surtout, qui a commandité l’opération.
Félix Badio : un témoin clé ou un accusé qui en sait trop ?
Le nom de Joseph Félix Badio est devenu incontournable dans cette affaire.
Aujourd’hui transféré aux États-Unis, il se retrouve au cœur d’une procédure judiciaire qui pourrait permettre aux enquêteurs américains de confronter ses déclarations aux témoignages, aux documents et aux autres éléments de preuve disponibles.
Mais une chose est certaine : la parole de Badio devra être examinée avec la même rigueur que celle de tous les autres protagonistes.
Dans une voix rendue publique, Badio cite plusieurs personnalités et réclame notamment une confrontation avec Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH.
Il affirme que certaines déclarations faites publiquement par Espérance sur l’assassinat de Jovenel Moïse méritent d’être confrontées à ses propres informations.
La question mérite donc d’être posée : si Badio demande une confrontation, pourquoi la justice ne devrait-elle pas examiner cette possibilité si elle peut contribuer à la manifestation de la vérité ?
Une confrontation n’est pas une condamnation. Une accusation n’est pas une preuve. Mais une question sérieuse mérite une réponse sérieuse.
Pierre Espérance doit-il répondre aux questions qui lui sont adressées ?
Depuis le lendemain de l’assassinat de Jovenel Moïse, le RNDDH et Pierre Espérance ont occupé une place importante dans le débat public autour de cette affaire.
L’organisation de défense des droits humains a produit plusieurs rapports et relayé des informations sur l’assassinat.
Mais plus une personne dispose d’informations importantes dans une affaire aussi sensible, plus la nécessité de vérifier l’origine, la nature et la fiabilité de ces informations devient importante.
Des questions ont notamment été soulevées autour de certaines informations concernant la résidence présidentielle, les circonstances de l’assassinat et un carnet de notes présenté comme appartenant à Jovenel Moïse.
Qui a transmis ces informations ? Dans quelles circonstances ? Quand ont-elles été obtenues ? À qui ont-elles été remises ?
Voilà les questions auxquelles la justice doit pouvoir répondre.
Cela ne signifie aucunement que Pierre Espérance est impliqué dans l’assassinat. Cela signifie simplement que, dans une affaire de cette gravité, personne ne devrait être placé au-dessus de la nécessité de rendre des comptes sur les informations qu’il détient ou qu’il communique.
Et si le procès faisait tomber plusieurs masques ?
Le transfert de Badio et des 17 Colombiens pourrait provoquer un effet domino.
Car un procès ne se limite pas toujours aux personnes déjà poursuivies. Les témoignages peuvent faire apparaître d’autres noms. Les documents peuvent révéler d’autres connexions. Les communications peuvent permettre aux enquêteurs de reconstituer une chaîne de responsabilités.
Mais attention : citer un nom ne signifie pas être coupable.
La justice doit établir les responsabilités sur la base de preuves, et non sur la base de rumeurs, de déclarations médiatiques ou de règlements de comptes.
C’est précisément pourquoi la procédure américaine sera scrutée avec autant d’attention.
Haïti a-t-elle perdu une occasion historique ?
Une autre question demeure douloureuse : pourquoi faut-il attendre la justice américaine pour espérer voir progresser un dossier concernant l’assassinat d’un président haïtien sur le territoire haïtien ?
Le transfert des personnes détenues vers les États-Unis peut être considéré comme une étape importante de la coopération judiciaire. Mais il constitue également un constat préoccupant sur les limites auxquelles la justice haïtienne s’est heurtée dans cette affaire.
Un État qui n’est pas capable de faire toute la lumière sur l’assassinat de son propre président doit nécessairement s’interroger sur le fonctionnement de ses institutions judiciaires.
La vérité ne doit appartenir ni à Badio, ni à Espérance, ni à aucun camp
Dans cette affaire, il serait dangereux de remplacer la justice par le tribunal des réseaux sociaux.
La vérité ne doit appartenir ni à Félix Badio, ni à Pierre Espérance, ni à un parti politique, ni à un groupe d’intérêts.
La vérité doit appartenir aux faits et aux preuves.
Si Badio possède des informations, qu’il les fournisse à la justice.
Si Pierre Espérance détient des documents ou des informations utiles, qu’ils soient examinés.
Si d’autres personnes disposent d’éléments permettant d’établir la chaîne de responsabilités, qu’elles soient entendues.
Et si les preuves démontrent l’implication de certaines personnes, qu’elles répondent de leurs actes devant la justice.
Cinq ans après, Haïti attend toujours la vérité
L’assassinat de Jovenel Moïse n’est pas une affaire comme les autres.
C’est l’assassinat d’un président en exercice, dans sa résidence privée, alors que le pays était déjà plongé dans une crise profonde.
C’est pourquoi la réponse judiciaire ne peut pas se limiter à quelques arrestations ou condamnations.
Haïti doit connaître l’intégralité de la chaîne de responsabilité.
Qui a commandité ?
Qui a financé ?
Qui a recruté ?
Qui a fourni les informations ?
Qui a facilité l’opération ?
Qui savait ?
Qui a gardé le silence ?
Et surtout : pourquoi ?
Le transfert de Félix Badio et des 17 Colombiens vers les États-Unis offre peut-être une nouvelle occasion de répondre à ces questions.
Mais cette fois, les Haïtiens ont le droit d’attendre plus que des déclarations.
Ils veulent des preuves. Ils veulent des confrontations. Ils veulent des responsabilités établies. Et surtout, ils veulent la vérité.
Éditorial de Sinoïs Francius
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