Affaire Jovenel Moïse

le transfert de Badio et des 17 Colombiens relance les interrogations sur les commanditaires
Affaire Jovenel Moïse

le transfert de Badio et des 17 Colombiens relance les interrogations sur les commanditaires

Port-au-Prince, 22 septembre 2026

Le transfert, le 20 septembre dernier, de Joseph Félix Badio et de 17 ressortissants colombiens détenus en Haïti vers les États-Unis marque une nouvelle étape dans le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse. Pour Me Newton Louis Saint-Juste, cette nouvelle phase judiciaire doit surtout permettre de mieux comprendre les différents niveaux de responsabilité dans cette affaire qui, depuis juillet 2021, implique plusieurs personnes et plusieurs systèmes judiciaires.
Selon l’avocat, la compétence de la justice américaine dans ce dossier repose notamment sur des dispositions du droit fédéral permettant, dans certaines circonstances, de poursuivre aux États-Unis des personnes soupçonnées d’avoir préparé ou organisé depuis le territoire américain des crimes destinés à être commis à l’étranger.
Me Newton Louis Saint-Juste évoque notamment le 18 U.S.C. 956, disposition du droit américain relative à certaines conspirations visant notamment un meurtre ou un enlèvement à l’étranger. Il fait également référence aux textes américains concernant les actes de neutralité ainsi qu’au Classified Information Procedures Act (CIPA), adopté en 1980, qui encadre la présentation et la protection des informations classifiées dans les procédures judiciaires américaines.
Un même dossier, deux systèmes judiciaires
Pour Me Newton Louis Saint-Juste, l’un des éléments importants à comprendre est que l’affaire Jovenel Moïse est aujourd’hui examinée par deux systèmes judiciaires différents, haïtien et américain, autour d’un même crime.
Dès les premières heures et les premiers jours qui ont suivi l’assassinat, les autorités américaines, notamment le FBI, ont travaillé sur le dossier aux côtés des enquêteurs haïtiens. Des enquêteurs colombiens ont également participé à certains travaux liés aux ressortissants de leur pays.
L’avocat estime ainsi que les deux procédures ont pu bénéficier d’éléments provenant d’une même dynamique d’investigation, avec des échanges et une coopération entre les différentes autorités.
Cette situation donne au dossier une dimension internationale particulière : un crime commis en Haïti fait désormais l’objet de procédures judiciaires aux États-Unis, tandis que plusieurs personnes restent ou ont été poursuivies devant les institutions judiciaires haïtiennes.
De Badio aux anciens militaires colombiens
Le transfert de Joseph Félix Badio et des 17 Colombiens intervient après plusieurs années d’enquête et de procédures.
Le dossier américain concerne différentes personnes soupçonnées d’avoir joué des rôles différents dans la préparation de l’opération. Certaines ont plaidé coupable et ont été condamnées, tandis que d’autres continuent de contester les accusations.
Me Newton Louis Saint-Juste rappelle notamment que plusieurs personnes ont été accusées d’avoir facilité l’obtention d’équipements ou participé à la préparation du projet. Il évoque également les personnes liées à la CTU, ainsi que celles qui auraient joué un rôle dans la recherche de moyens matériels et humains.
Pour l’avocat, cette succession de noms et de responsabilités ne doit cependant pas faire oublier la question centrale : qui avait réellement commandité et financé l’assassinat du président Jovenel Moïse ?
La question des commanditaires reste posée
C’est précisément sur ce point que Me Newton Louis Saint-Juste insiste.
Selon lui, arrêter et juger des personnes soupçonnées d’avoir participé matériellement à l’opération ne suffit pas nécessairement à expliquer toute l’affaire. Il estime que les autorités doivent continuer à rechercher ceux qui auraient financé le projet, donné les ordres ou participé à son organisation intellectuelle.
Le transfert vers les États-Unis pourrait donc fournir aux enquêteurs américains de nouvelles possibilités pour confronter les déclarations des différents accusés et rechercher d’éventuelles connexions encore inexpliquées.
Les Colombiens devront expliquer leur présence en Haïti
La présence des anciens militaires colombiens dans la résidence présidentielle au moment de l’attaque constitue également, selon Me Newton Louis Saint-Juste, un élément qui mérite d’être examiné avec attention.
L’avocat considère que les procédures judiciaires devront notamment permettre de déterminer précisément ce que chacun faisait en Haïti, quelles étaient ses relations avec les autres personnes impliquées et quel était son rôle exact dans les événements du 7 juillet 2021.
Ces questions devront toutefois être tranchées par les tribunaux sur la base des preuves présentées dans les procédures. La présence d’une personne dans un lieu ou son implication alléguée dans une opération ne constitue pas, à elle seule, une preuve définitive de culpabilité.
Les relations entre Washington et Bogotá
Le dossier avait également suscité de fortes réactions en Colombie, notamment autour du sort des anciens militaires colombiens détenus en Haïti.
Des interrogations ont été exprimées sur leurs conditions de détention et sur le respect de leurs droits. Le contexte politique et diplomatique entre la Colombie et les États-Unis alimente également des spéculations sur l’avenir judiciaire des accusés.
Me Newton Louis Saint-Juste estime cependant que les relations diplomatiques entre deux gouvernements ne devraient pas se substituer aux procédures judiciaires. Pour lui, les accusés devront répondre aux questions de la justice dans le cadre prévu par la loi.
La justice haïtienne face à un dossier qui lui échappe en partie
Le transfert de Badio et des 17 Colombiens soulève parallèlement une autre interrogation : quelle sera désormais la place de la justice haïtienne ?
Plusieurs personnes restent détenues en Haïti dans le cadre de l’affaire Jovenel Moïse. Des policiers et d’autres personnes arrêtées au cours des différentes phases de l’enquête ont également été poursuivis.
Pour Me Newton Louis Saint-Juste, la justice haïtienne ne doit pas abandonner le dossier au seul motif que certains accusés sont désormais entre les mains de la justice américaine.
La coopération judiciaire entre les deux pays demeure donc essentielle, notamment pour permettre la circulation des informations et éviter que certaines pistes d’enquête ne restent sans suite.
Cinq ans après, les grandes questions demeurent
Plus de cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, une partie des questions fondamentales reste encore au centre du débat.
Qui a véritablement conçu l’opération ? Qui l’a financée ? Qui a recruté les exécutants ? Qui a fourni les moyens matériels ? Et surtout, qui a donné l’ordre de passer à l’acte ?
Le procès de certaines personnes impliquées dans le dossier peut apporter des éléments de réponse, mais il ne constitue pas nécessairement, à lui seul, l’aboutissement de toute l’enquête.
Le transfert de Joseph Félix Badio et des 17 Colombiens vers les États-Unis ouvre ainsi une nouvelle séquence judiciaire. Les regards sont désormais tournés vers les tribunaux américains, mais également vers la capacité de la justice haïtienne à poursuivre ses propres procédures et à rechercher, au-delà des exécutants présumés, les éventuels commanditaires et financiers de l’assassinat du président Jovenel Moïse.
Par Sinoïs Francius
Production : SINOTEAM MEDIA INFO
Contact:(509)3673-3106

Laisser un commentaire

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture