Port-au-Prince, lundi 10 août 2026 — L’Opposition plurielle, de concert avec l’Opposition progressiste, a rencontré la presse ce lundi 10 août 2026 pour exposer sa position sur le processus électoral en cours.
Les différents intervenants ont dénoncé la démarche des conseillers électoraux qui, selon eux, poursuivent leurs déplacements dans les dix départements du pays alors que les conditions sécuritaires ne permettraient pas, à leurs yeux, l’organisation d’élections libres, crédibles et transparentes.
Pour ces responsables politiques, le principal obstacle demeure l’insécurité. Ils estiment que les candidats ne pourront pas circuler normalement, organiser leurs meetings ni mener campagne dans plusieurs zones du pays.
Roudolph Pierre invite les conseillers électoraux à constater la réalité du terrain
L’ancien conseiller électoral Roudolph Pierre affirme que les conditions actuelles ne permettent pas aux candidats de mener véritablement campagne.
Il invite les conseillers électoraux et les responsables qui défendent la tenue des élections à aller constater eux-mêmes la situation dans les zones les plus difficiles.
Roudolph Pierre cite notamment Croix-des-Bouquets, Thomazeau, le Bas-Artibonite, le Plateau central, ainsi que les première, deuxième et troisième circonscriptions de Port-au-Prince.
Son message aux candidats qui croient encore à la possibilité d’organiser les élections est direct : qu’ils accompagnent un ministre ou un conseiller électoral dans ces zones afin de mesurer eux-mêmes les difficultés auxquelles ils seront confrontés.
Selon lui, la question n’est pas seulement de savoir si le calendrier électoral peut être maintenu, mais si les candidats pourront réellement accéder aux électeurs.
Guerrier Jean Charles demande à la population d’interpeller les conseillers électoraux
L’ingénieur Guerrier Jean Charles a également dénoncé le processus électoral.
Il invite la population à questionner les conseillers électoraux sur leurs déplacements à travers le pays et à leur demander quelles réalités ils ont effectivement constatées sur le terrain.
Selon Guerrier Jean Charles, aucune région du pays ne serait réellement prête à aller aux élections dans les conditions actuelles.
Il réclame parallèlement la mise en place d’un Exécutif bicéphale, qu’il présente comme une piste pour sortir le pays de la crise institutionnelle.
Jacques Garry qualifie le processus de « roulement de bord »
Le coordonnateur de San Pousan Diaspora, Jacques Garry, critique pour sa part les acteurs qui se sont inscrits pour participer au processus électoral.
Il affirme qu’il n’y aura pas d’élections crédibles dans les conditions actuelles et qualifie la démarche de « roulement de bord », autrement dit d’une opération sans véritable garantie de réussite.
Jacques Garry affirme que l’Opposition plurielle, l’Opposition progressiste et des représentants de la diaspora ne souhaitent pas participer à ce qu’ils considèrent comme un processus électoral frauduleux.
Il met également l’accent sur les conditions de sécurité auxquelles les candidats seraient confrontés. Selon lui, pour qu’une campagne électorale puisse réellement se dérouler dans certaines zones, les candidats auraient besoin de moyens de protection considérables, allant jusqu’à des véhicules blindés et des moyens aériens.

Jean Renald Nau Leonard
annonce une mobilisation générale.
Jean Renal Nau Leonard estime pour sa part que le pays est dirigé par un groupe qui, selon lui, porte une lourde responsabilité dans la dégradation des institutions publiques et l’aggravation de la misère.
Il affirme que les élections ne peuvent pas être organisées avec les acteurs actuellement au pouvoir.
Jean Renal Nau Leonard annonce ainsi une mobilisation générale contre le pouvoir en place, présentant cette mobilisation comme une réponse politique à la situation actuelle.
Réginald Dumé défend les Haïtiens menacés de déportation
La situation des Haïtiens menacés de déportation depuis les États-Unis a également occupé une place importante dans les interventions.
Réginald Dumé affirme que plus de 350 000 Haïtiens seraient menacés de déportation et déplore, selon lui, l’absence de dispositions suffisantes de la part des autorités haïtiennes pour les protéger et préparer leur accueil.
Il souligne que plusieurs de ces compatriotes ont déjà perdu leurs maisons en raison de la violence des groupes armés.
Pour Réginald Dumé, les autorités doivent anticiper leur retour et préparer notamment des solutions en matière de logement et d’éducation.
Il estime que le retour de ces Haïtiens permettra également de mesurer davantage le poids de la diaspora dans l’économie nationale.
Sur la question électorale, sa position est catégorique : le peuple, selon lui, n’est pas actuellement dans les élections, mais dans la mobilisation.
Il va jusqu’à affirmer que le gouvernement chercherait à organiser un « massacre » plutôt qu’une véritable élection, en raison de la persistance du contrôle exercé par des groupes armés sur plusieurs communes et territoires.
Saint-Armand Delissaint appelle les dirigeants politiques à éviter une nouvelle crise
Saint-Armand Delissaint a, pour sa part, lancé un appel à l’ensemble des dirigeants politiques.
Il leur demande de prendre conscience de leur rôle dans la crise actuelle et de se mettre ensemble afin d’éviter la répétition de certains épisodes douloureux de l’histoire politique récente du pays.
Il évoque notamment 2004, en appelant la classe politique à tirer les leçons de cette période.
Saint-Armand Delissaint estime qu’il faut éviter qu’une nouvelle solution politique soit imposée de l’extérieur et invite les dirigeants haïtiens à rechercher ensemble une sortie de crise.
Il cite également les anciens Premiers ministres Gérard Latortue et Garry Conille, dans son analyse des différentes séquences politiques du pays, pour appeler la classe politique à prendre ses responsabilités et à éviter qu’une nouvelle transition ne soit imposée par des acteurs étrangers.
Jeantel Joseph : « Pas de sécurité, pas d’élections »
Le dirigeant de l’Opposition plurielle, Jeantel Joseph, demande à la population haïtienne de « garder les yeux ouverts ».
Il affirme que l’Opposition plurielle est composée de démocrates et qu’elle dispose de candidats prêts à participer à des élections à tous les niveaux.
Mais il précise que ces candidats ne veulent pas participer à une élection organisée dans un environnement dominé par les groupes armés.
Son mot d’ordre est donc clair : boycotter le processus électoral si les conditions minimales de sécurité ne sont pas réunies.
Jeantel Joseph affirme que l’Artibonite et l’Ouest représentent à eux seuls, selon son estimation, 63 % de l’électorat et dénonce le fait que plusieurs zones de ces départements seraient sous le contrôle d’hommes armés.
Il estime que les autorités n’ont pas pris les mesures nécessaires pour récupérer ces territoires avant d’aller aux élections.
Un avertissement direct à Alix Didier Fils-Aimé
Jeantel Joseph adresse également un message direct au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Selon lui, si le gouvernement décide de poursuivre le processus électoral sans résoudre le problème de l’insécurité, il devra assumer la responsabilité politique de tout ce qui pourrait arriver à la population.
Il rappelle que le Premier ministre dirige également le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) et l’exhorte à agir face à la violence qui continue de faire des victimes, notamment à Kenscoff et dans plusieurs autres zones du pays.
Jeantel Joseph dénonce également l’utilisation annoncée de 40 millions de dollars américains pour le référendum, estimant que ces ressources pourraient être utilisées dans un contexte où le pays fait face à de graves problèmes sécuritaires et sociaux.
Le coût d’une candidature au cœur des critiques
Le dirigeant de l’Opposition plurielle soulève enfin la question du coût d’une campagne électorale.
Il dénonce les montants considérables qu’un candidat devrait mobiliser pour briguer un poste de député, de sénateur ou de président de la République.
Pour lui, cette réalité pose également la question de l’égalité des chances entre les candidats et du financement du processus électoral.
Selon cette lecture, une démocratie ne peut pas être réduite à la capacité financière d’un candidat à financer sa campagne, à assurer sa sécurité et à se déplacer dans les différentes zones de sa circonscription.
Une opposition qui ne rejette pas les élections, mais leurs conditions
À travers leurs différentes interventions, les responsables de l’Opposition plurielle et de l’Opposition progressiste cherchent à établir une distinction importante : ils disent ne pas être opposés au principe des élections, mais refusent de participer à un scrutin qu’ils considèrent comme impossible à organiser dans les conditions sécuritaires actuelles.
Leur argument central repose sur trois exigences : sécurité, liberté de campagne et libre exercice du droit de vote.
Le gouvernement et les autorités électorales se retrouvent ainsi face à un défi majeur : démontrer que l’État dispose réellement des moyens nécessaires pour garantir la sécurité des candidats, des électeurs et du processus électoral sur l’ensemble du territoire.
La question dépasse donc désormais le simple calendrier électoral.
Haïti doit-elle aller aux élections à tout prix, ou faut-il d’abord créer les conditions permettant à chaque candidat de faire campagne et à chaque citoyen de voter librement ?
C’est autour de cette question que risque désormais de se concentrer la confrontation entre le pouvoir, les autorités électorales et une opposition qui annonce déjà une mobilisation nationale.
Sinoteam Media Info





