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La proposition de l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe de porter les Forces armées d’Haïti (FAd’H) à 10 000, voire 15 000 hommes, relance un débat qui dépasse largement la seule question des effectifs militaires : quelle stratégie nationale pour reprendre le contrôle du territoire haïtien ?
Dans une publication sur les réseaux sociaux, Laurent Lamothe estime qu’Haïti doit disposer d’une armée suffisamment forte, équipée et entraînée pour faire face aux groupes armés. Il salue également l’évolution de l’approche américaine en matière de sécurité en Haïti, après plusieurs années durant lesquelles l’accent avait été principalement mis sur le renforcement de la Police nationale d’Haïti.
Pour l’ancien chef du gouvernement, les FAd’H doivent être préparées à prendre progressivement le relais dans les zones que la Gang Suppression Force (GSF) parviendrait à reprendre aux gangs. L’objectif serait clair : empêcher que les territoires libérés ne retombent entre les mains des groupes armés après le départ ou la réduction de la présence internationale.
Une armée plus nombreuse ne suffit pas
La question mérite cependant d’être posée : 15 000 soldats, pour faire quoi et avec quels moyens ?
L’expérience haïtienne montre que le problème sécuritaire ne se résume pas au nombre d’hommes en uniforme. Une force armée efficace a besoin de formation, d’équipements adaptés, de renseignements, d’une chaîne de commandement solide, d’une doctrine claire et surtout d’une autorité politique capable d’assumer ses responsabilités.
L’armée ne peut pas non plus fonctionner en vase clos. Sa mission doit être clairement définie par rapport à celle de la PNH, de la justice et des institutions civiles.
Reprendre le territoire, mais surtout le conserver
Le véritable défi pour Haïti ne sera pas uniquement de reprendre certains quartiers ou certaines communes aux groupes armés. Le défi sera de conserver durablement les territoires récupérés.
Une zone peut être libérée militairement, mais si l’État n’y réinstalle pas rapidement la police, la justice, l’administration publique, les écoles, les services de santé et les infrastructures essentielles, le vide créé peut favoriser le retour des groupes armés.
C’est précisément sur ce point que la proposition de Laurent Lamothe mérite d’être examinée dans une perspective plus large.
FAd’H et PNH : concurrence ou complémentarité ?
Le renforcement des FAd’H ne devrait pas être perçu comme un remplacement de la PNH. Les deux institutions ont des missions différentes et complémentaires.
La PNH doit demeurer au cœur de la sécurité publique et du maintien de l’ordre, tandis que l’armée peut jouer son rôle dans la défense du territoire, la sécurisation des frontières et, dans le cadre légal établi, l’appui aux autorités nationales face aux menaces majeures.
L’enjeu est donc de construire une architecture nationale de sécurité cohérente, dans laquelle chaque institution connaît ses responsabilités et agit sous l’autorité de l’État.
Une décision stratégique pour l’avenir
La proposition d’une armée de 10 000 à 15 000 hommes intervient alors que les FAd’H poursuivent leur remontée en puissance à travers le recrutement, la formation et le renforcement de leurs capacités opérationnelles.
Mais augmenter les effectifs militaires représente aussi un investissement considérable pour un État dont les ressources sont limitées. Il faudra donc répondre à plusieurs questions : combien coûtera une telle armée ? Qui la financera ? Comment sera-t-elle équipée ? Quelle sera sa doctrine ? Et surtout, quels mécanismes garantiront son professionnalisme et son contrôle démocratique ?
Le débat lancé par Laurent Lamothe est donc légitime. Mais il doit aller au-delà du chiffre de 15 000 s






