Port-au-Prince, 13 août 2026 — Après plusieurs années marquées par l’insécurité, les enlèvements, les déplacements de population et les catastrophes naturelles, le système sanitaire haïtien fait face à une situation de plus en plus préoccupante. Le Dr Jean Ardouin Louis-Charles, directeur médical de l’Hôpital Sanatorium, alerte sur les graves conséquences de cette crise pour la population.

Selon le médecin, la situation est devenue tellement critique qu’il hésite désormais à conseiller aux citoyens de tomber malades, particulièrement ceux qui ne disposent pas de moyens financiers suffisants pour accéder aux soins dans des établissements privés.
Le Dr Louis-Charles déplore notamment la disparition ou la paralysie de plusieurs structures hospitalières de référence. Il estime que les patients qui nécessitent des soins spécialisés se retrouvent confrontés à un choix extrêmement difficile : rester en Haïti sans disposer de structures adaptées ou avoir les moyens de voyager à l’étranger pour se faire soigner.
Dans ce contexte, il évoque également le cas de l’Hôpital La Paix, qu’il présente comme l’une des institutions disposant encore d’une certaine capacité technologique et opérationnelle. Mais, selon lui, cette situation ne suffit pas à répondre aux besoins de l’ensemble de la population.
« Je ne souhaite à personne de tomber malade dans les conditions actuelles, parce que beaucoup de personnes n’ont plus accès à des hôpitaux de référence », fait valoir le médecin, selon ses déclarations.
La crise touche particulièrement les familles à faibles revenus, qui ne peuvent pas supporter les coûts des cliniques et des hôpitaux privés. Pour ces catégories de la population, la dégradation du réseau public de santé constitue une menace directe.
Le Dr Ardoin Esther Louis-Charles élargit son constat à l’ensemble de la société haïtienne. À ses yeux, ce ne sont pas uniquement les professionnels de la santé qui sont en difficulté. Plusieurs secteurs essentiels, notamment le droit, le journalisme, la médecine et d’autres professions, seraient également profondément affectés par la crise multidimensionnelle que traverse le pays.
Le directeur médical du Sanatorium avait déjà, par le passé, dénoncé les conséquences de l’insécurité sur le fonctionnement de son institution. En 2023, les violences à Carrefour-Feuilles avaient contraint une partie du personnel médical à abandonner l’hôpital, tandis que l’accès des patients aux soins et aux médicaments était devenu extrêmement difficile.
En 2024, le Dr Ardoin Esther Louis-Charles avait également alerté sur les risques liés à l’interruption des traitements contre la tuberculose, après la fermeture du Sanatorium en raison de l’insécurité.
Pour le médecin, la question sanitaire ne peut donc pas être dissociée de la crise sécuritaire et institutionnelle qui frappe le pays. Sans rétablissement de la sécurité et sans reconstruction des infrastructures hospitalières, l’accès aux soins risque de devenir un privilège réservé à une minorité.
Le cri d’alarme du Dr Louis-Charles met ainsi en lumière une autre dimension de la crise haïtienne : celle d’un système de santé qui peine à garantir à la population son droit fondamental aux soins.





