entre insécurité, faible inscription et calendrier serré, le 13 décembre devient-il irréaliste ?

L’Alternative pour le Changement d’Haïti (ACH), par la voix de son coordonnateur national Audain Fils Bernadel, avait déjà alerté sur les difficultés d’organiser des élections crédibles le 13 décembre 2026. Aujourd’hui, l’insécurité dans plusieurs départements, le faible nombre d’électeurs inscrits et le calendrier électoral particulièrement serré relancent le débat sur la faisabilité du processus.
L’ACH avait tiré la sonnette d’alarme
Depuis plusieurs semaines, Audain Fils Bernadel, coordonnateur national de l’ACH et ancien ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, multiplie les prises de position sur le processus électoral.
Dans plusieurs interventions médiatiques, il avait estimé que les conditions n’étaient pas réunies pour organiser des élections libres, crédibles et sécurisées le 13 décembre.
Selon l’ACH, il est difficile de parler sérieusement d’élections alors que le pays reste confronté à une insécurité généralisée, aux déplacements forcés de milliers de personnes et à la multiplication des enlèvements.
Pour le responsable politique, la priorité devrait être de rétablir la sécurité et de créer les conditions permettant à la population de participer librement au processus électoral.
L’Ouest, le Centre et l’Artibonite : un défi majeur
La situation sécuritaire constitue l’un des principaux obstacles.
Dans plusieurs communes de l’Ouest, du Centre et de l’Artibonite, l’État a perdu une partie de sa capacité de contrôle. Des populations ont été contraintes de quitter leurs quartiers, tandis que certaines zones restent difficiles d’accès.
Dans ces conditions, comment garantir la liberté de circulation des électeurs ? Comment permettre aux candidats de faire campagne sur l’ensemble du territoire ? Et surtout, comment assurer l’accès aux bureaux de vote le jour du scrutin ?
Ces questions restent sans réponse satisfaisante.
Une élection ne peut pas être considérée comme libre si une partie de la population ne peut ni s’inscrire, ni participer à la campagne, ni voter en toute sécurité.
Près de deux millions d’électeurs encore à inscrire
Le problème sécuritaire se conjugue avec un autre défi : l’inscription des électeurs.
Alors que l’inscription des candidats a été prolongée jusqu’au 31 octobre 2026, une partie importante de la population n’a toujours pas complété les démarches nécessaires pour participer au scrutin.
Près de deux millions d’électeurs potentiels ne seraient pas encore inscrits, selon les chiffres avancés dans le débat électoral.
Cette situation soulève une interrogation fondamentale : comment organiser un scrutin national crédible si une proportion aussi importante de citoyens demeure encore en dehors du processus d’inscription ?
Une campagne électorale qui doit prendre du temps
À cette difficulté s’ajoute la question de la campagne électorale.
Pour être véritablement démocratique, une campagne ne devrait pas se limiter à une période symbolique. Les candidats doivent pouvoir présenter leurs programmes, rencontrer les électeurs, parcourir les différentes régions du pays et expliquer leurs propositions.
Une campagne sérieuse devrait donc disposer d’un délai suffisamment long, d’au moins trois mois, estiment certains acteurs politiques.
Or, entre la fin des inscriptions des candidats, les préparatifs logistiques, la sécurisation des territoires et les échéances électorales annoncées, le temps disponible paraît particulièrement limité.
Le calendrier peut-il survivre aux réalités du terrain ?
C’est ici que se trouve le cœur du débat.
Le calendrier électoral peut être établi sur le papier. Mais une élection nationale ne se résume pas à une succession de dates dans un document officiel.
Elle exige des électeurs inscrits, des candidats en mesure de faire campagne, des bureaux de vote accessibles, des agents électoraux déployables et surtout un environnement sécuritaire permettant à la population de participer librement.
Si ces conditions ne sont pas réunies, maintenir une date ne garantit pas pour autant la tenue d’une élection crédible.
L’ACH : « Pas d’élection libre sans sécurité »
Pour l’Alternative pour le Changement d’Haïti, le principe est clair : « Pas d’élection libre sans la sécurité, pas d’élection crédible sans la participation de la population. »
Cette position, défendue depuis plusieurs semaines par Audain Fils Bernadel, prend aujourd’hui une importance particulière alors que le pays se rapproche des échéances annoncées.
La question n’est donc plus uniquement de savoir si les élections peuvent être inscrites dans un calendrier. Elle est de savoir si Haïti dispose réellement des conditions nécessaires pour organiser un scrutin libre, inclusif, sécurisé et crédible.
Entre l’insécurité persistante dans plusieurs départements, les difficultés d’inscription des électeurs, le temps nécessaire à une véritable campagne et les nombreuses étapes encore à franchir, le 13 décembre apparaît de plus en plus comme une échéance qui mérite d’être sérieusement réévaluée.
Redaction: Sinoïs Francius
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