
Port-au-Prince, 9 octobre 2026
Les liens présumés entre des personnalités politiques haïtiennes et des groupes armés reviennent au cœur de l’actualité après la publication d’un rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur Haïti. Le document, transmis au Conseil de sécurité, met en lumière les relations présumées entre plusieurs acteurs politiques et économiques et des réseaux armés impliqués dans les violences qui secouent le pays.
Parmi les personnalités citées figurent notamment Alfredo Junior Antoine, ancien député de Kenscoff, l’ancien sénateur Nenel Cassy, Youri Latortue, Rony Célestin, Rosemilat Petit-Frère, Magalie Habitant et Prophane Victor.
Dans son rapport couvrant la période d’octobre 2025 à juillet 2026, le Groupe d’experts décrit une situation sécuritaire préoccupante, caractérisée par l’expansion des gangs, la fragilisation des institutions et les soupçons de soutien politique, financier ou matériel apporté à certains groupes armés.
Toutefois, les accusations formulées dans ce document sont contestées par certaines des personnes mises en cause. Nenel Cassy et Alfredo Antoine ont notamment rejeté les accusations portées contre eux, selon des informations publiées par la presse.
Nenel Cassy dénonce une attaque politique et réclame le retrait de son nom
L’ancien sénateur des Nippes, Nenel Cassy, rejette les accusations du Groupe d’experts de l’ONU faisant état de son soutien présumé à des acteurs armés pour servir ses intérêts politiques.
Dans une déclaration rapportée par l’agence Associated Press le 7 octobre 2026, l’ancien parlementaire s’est présenté comme un « pacifiste ». Il a également demandé aux experts de retirer son nom du rapport, qualifiant les accusations d’inexactes et de non fondées.
Dans une réaction publiée le 8 octobre par RHINEWS, Nenel Cassy va plus loin. Il qualifie le rapport d’attaque politique et dénonce ce qu’il considère comme un abus de pouvoir. Il affirme notamment que le dossier le concernant avait été classé sans suite par la justice haïtienne.
Pour appuyer sa contestation, l’ancien sénateur a communiqué à RHINEWS des documents judiciaires relatifs à sa garde à vue et à l’examen de deux téléphones lui appartenant. Selon les éléments rapportés par ce média, un procès-verbal du 18 août 2025 reprend les déclarations d’un enquêteur de la Direction centrale de la police judiciaire, selon lesquelles l’exploration des appareils n’avait fourni aucun élément utile à l’enquête.
Nenel Cassy soutient ainsi que les accusations reposent sur un dossier qu’il juge vide et dépourvu de fondement scientifique. Il accuse par ailleurs l’ancien membre du Conseil présidentiel de transition Fritz Alphonse Jean d’avoir commandité cette démarche pour des raisons politiques. Ces affirmations constituent la version de l’ancien parlementaire et n’ont pas été indépendamment établies par les informations consultées.
Cette contestation soulève une question importante : comment articuler les conclusions d’une enquête internationale avec les arguments de défense d’une personnalité qui invoque des éléments issus d’une procédure judiciaire nationale ?
Le rapport des experts et les documents invoqués par Nenel Cassy doivent être examinés en tenant compte de leur nature, de leur portée et des éléments effectivement établis.
Alfredo Junior Antoine nie également les accusations
Alfredo Junior Antoine, ancien député de Kenscoff, figure lui aussi parmi les personnalités visées par le rapport.
Les experts lui attribuent notamment des liens présumés avec des groupes armés dans la région de Kenscoff. Le document l’accuse d’avoir fourni des armes, des munitions et des ressources financières à des groupes liés à Viv Ansanm. Il évoque également son implication présumée dans des actes de violence, dont une attaque survenue à Kenscoff en 2025.
Selon Associated Press, Alfredo Antoine a nié les accusations dans un courriel adressé aux auteurs du rapport. Cependant, les informations consultées ne détaillent pas l’ensemble des arguments qu’il a avancés pour contester ces allégations. Il serait donc inexact de lui attribuer une déclaration plus précise sans disposer de sa réponse intégrale.
Sa dénégation constitue néanmoins un élément important dans la présentation équilibrée du dossier. Les accusations des experts doivent être rapportées avec précision, tout comme les réponses des personnes concernées.
Youri Latortue et Prophane Victor : des liens présumés avec des gangs dans l’Artibonite
Le rapport attire également l’attention sur les relations présumées entre certains acteurs politiques et les groupes armés opérant dans le département de l’Artibonite.
Les experts évoquent notamment Youri Latortue et Prophane Victor dans le contexte du développement de groupes armés dans cette région. Le document fait état de soutiens présumés à des gangs tels que Raboteau, Kokorat San Ras et Gran Grif.
Selon les experts, ces relations pourraient avoir des conséquences sur la sécurité et sur le processus électoral, notamment en permettant à certains acteurs d’influencer les rapports de force locaux, de mobiliser des soutiens ou d’intimider des adversaires.
Les informations consultées pour la rédaction de cet article ne permettent toutefois pas de présenter une réaction détaillée de Youri Latortue ou de Prophane Victor concernant chacune de ces accusations. Leurs éventuelles réponses doivent être rapportées sur la base de déclarations vérifiables.
Le rapport mentionne également Rosemilat Petit-Frère et Magalie Habitant dans le contexte de relations présumées avec des acteurs politiques, des réseaux criminels et certains membres des forces de sécurité. Là encore, toute mise en cause doit être distinguée d’une responsabilité judiciairement établie.
Haïti confrontée aux trafics et aux réseaux criminels transnationaux
Au-delà des personnalités citées, le Groupe d’experts décrit un environnement dans lequel les trafics d’armes, les activités criminelles transnationales et les flux financiers illicites contribuent à entretenir l’insécurité.
Le document souligne également les limites de l’application des sanctions internationales visant des personnes soupçonnées de soutenir les groupes armés. Les difficultés liées au gel des avoirs et à l’identification des ressources financières illustrent les obstacles auxquels sont confrontées les institutions chargées de lutter contre ces réseaux.
Dans ce contexte, les experts estiment que la lutte contre les gangs ne peut se limiter aux opérations sécuritaires. Elle doit également prendre en compte les réseaux de soutien politique, économique et logistique susceptibles de contribuer à leur fonctionnement.
Entre accusations internationales et contestations individuelles
La publication de ce rapport relance le débat sur les responsabilités dans la crise sécuritaire haïtienne. D’un côté, les experts des Nations Unies présentent leurs conclusions à partir d’informations recueillies dans le cadre de leur mandat. De l’autre, certaines personnalités mises en cause contestent ces conclusions et invoquent des arguments politiques ou judiciaires pour défendre leur position.
La réaction de Nenel Cassy, qui réclame le retrait de son nom et conteste la solidité du dossier, ainsi que le démenti d’Alfredo Antoine, montrent que les accusations contenues dans le document ne sont pas acceptées sans réserve par les intéressés.
Il importe donc de distinguer les faits documentés, les conclusions des experts, les déclarations des personnes mises en cause et les décisions éventuelles des autorités judiciaires compétentes.
À l’approche des prochaines élections, cette affaire pose une question centrale pour Haïti : comment rétablir la sécurité, protéger le processus démocratique et garantir que les responsabilités éventuelles soient établies sur la base d’éléments vérifiables et de procédures respectueuses des droits de chacun ?
Rédaction : Sinoïs Francius
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